27 octobre 2022

Rock et santé mentale

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Ça y est fin du marathon de la semaine d’information sur la santé mentale. Au compteur pour mūsae, je compte : 2 campagnes de sensibilisation55 contenus vidéos, 5 talks, 2 festivals partenaires, une tribune coup de gueule, 3 podcasts, un partenariat avec Radio Nova mais surtout de belles rencontres. Je souhaite d’ailleurs la bienvenue aux nombreuses personnes qui nous ont rejoints ici depuis 2 semaines. Pour faire connaissance, je vous glisse en bas de cette newsletter plusieurs contenus choisis à découvrir. 
Et aujourd’hui j’ai aussi envie de vous parler de la façon dont la santé mentale est filmée. Connaissez-vous le documentaire L’Énergie Positive des Dieux réalisé par Laetitia Møller ? Ce film propose un regard neuf et salvateur sur le trouble du spectre autistique à travers la poésie sauvage du groupe Astéréotypie. Formés par quatre musiciens possédant eux-mêmes ce trouble, ils dévoilent sur scène leurs univers encouragés par Christophe, musicien et éducateur plus passionné d’art brut que de techniques éducatives. Ce documentaire est un vrai cri de liberté que j’ai pu partager avec Claire Ottawa, Laetitia Møller et Christophe Lhuillier lors d’une interview faite au festival Pop & Psy.

 

Découvrir la bande-annonce

Laetitia Møller, Christelle Tissot, Claire Ottawa et Christophe Lhuillier, au festival Pop&Psy.

 

 

1) Quelle est l’histoire du groupe Astéréotypie ?

 

Christophe Lhuillier : en 2010 j’étais éducateur et proposais des ateliers artistiques dans le cadre de l’institut médico-éducatif de Bourg-La-Reine. J’étais déjà musicien par ailleurs. Au début, avec une collègue on voulait proposer aux résident·e·s des ateliers de poésie. On voulait leur faire écrire des rimes, des vers et puis on a vite compris qu’iels avaient bien plus à nous apporter. J’avais l’impression qu’on passait à côté de quelque chose si on ne partait pas de leur propre utilisation du langage. Progressivement leurs textes mais aussi leur façon de les déclamer nous ont inspirés et j’ai commencé à poser de la musique dessus. Sans en avoir conscience on était parti dans un processus d’écriture d’art brut. C’est devenu un laboratoire et assez rapidement un groupe de musique. Puis en 2015, Arthur B Gillette (bassiste) et Eric Taffany (batteur), tous deux membres du groupe Moriarty, nous ont rejoints pour créer le collectif avec sa forme actuelle : 4 chanteurs et 4 musiciens.

 

2) Quel a été le point de départ du documentaire ?

 

Laetitia Møller : Ce documentaire est venu d’une émotion forte que j’ai ressentie la première fois où j’ai vu sur scène Astéréotypie. C’était en 2015 au 104 à Paris. J’étais là par hasard au festival indépendant Sonic Protest. J’étais entourée de fan de musique noise et de post hardcore. Les quatre musiciens de l’époque, Stanislas, Kevin, Aurélien et Yohann, se sont avancés et mis à hurler, ce qui ressemblait à une forme de poésie sauvage. Ils parlaient de pilule bleue qui endort et pourrie les dents, de transports scolaires et de scores de matchs de foot sur des riffs de musique post-rock. Ils incarnaient cette musique avec un tel charisme que j’ai été percutée par une émotion d’une grande puissance.

 

3) Cette émotion, je l’ai également ressentie dès les premières images du documentaire. Leur musique révèle un ressenti très brut chez nous. Est-ce que c’était le propos de départ du film?

 

Laetitia Moller : C’est sûr je ne suis pas rentrée dans ce documentaire par la porte de l’autisme. C’est cette première vision dont je te parlais juste avant qui a influé sur le reste. D’ailleurs on ne comprend pas du tout dans les deux premières scènes du film que les personnes sont autistes.
J’ai voulu dans ce documentaire aborder deux axes. Tout d’abord celui du regard en disant que le trouble psychique n’est pas la seule et unique définition des membres du groupe Astéréotypie. Leur identité est multiple, elle est à la croisée de plusieurs aspects : leurs histoires, leur talent artistique, leurs coups de gueule etc… Comme tout le monde quoi. Enfin ou presque. Car j’avais envie de les montrer sur scène comme on verrait Joy Division.
Le second axe du film, c’est celui du miroir. C’est-à-dire la manière dont les émotions transmises par Astéréotypie sont venues rencontrer mon intimité. Comme tu le soulignes, j’avais le sentiment que leur musique mettait des mots sur des ressentis bruts que nous vivons tou·te·s. Mais nous n’arrivons pas à les retranscrire naturellement car nous avons été érodé·e·s par les normes, l’éducation, la société… C’est ce qu’illustre par exemple la scène avec l’un de membres du groupe et la journaliste de France Inter. Il n’a pas envie de se plier à son exercice et de répondre à sa question car il l’a déjà fait un milliard de fois. C’est l’expression de la frustration. Parfois on la fait taire en raison de la bienséance et des normes.

Le trouble psychique n’est pas la seule et unique définition des membres du groupe Astéréotypie.
Laetitia Møller
4) Côté Astéréotypie, pourquoi avoir eu envie de participer à ce documentaire ? 

Christophe Lhullier : La date d’avril 2015 représentait un enjeu de taille pour nous. D’une part car c’était Sonic Protest, un festival super important pour la scène indépendante. Et puis pour être honnête cela faisait 5 ans que nous travaillions ensemble et pour moi le but était atteint. Les textes étaient aboutis dans une inclusion parfaite. C’est d’ailleurs aussi ce soir-là que nous avons signé sur le label de Moriarty. Donc pour nous, le choix de faire ce documentaire c’était une occasion de donner une autre visibilité au groupe.

5) Laetitia, quelle place occupe la musique dans votre vie ?

 

Laetitia Møller : Je vais être très honnête, j’écoute peu de musique, je vais à très peu de concerts. Je suis envieuse des personnes qui ressentent l’émotion de la musique. Et je pense que j’aurais fait un film très différent si j’avais vraiment aimé la musique. C’est très séduisant quand on est fan de musique de faire un film sur la musique en la sublimant. Dans l’Énergie Positive des Dieux, la scène s’intègre dans un récit global. Elle n’est pas un aboutissement mais un des aspects du film.  On a réfléchi par rapport à ce qu’elle venait raconter. Il y a une histoire entre la puissance des membres du groupe sur scène et leur fragilité qu’on voit davantage en coulisse.

6) Ce documentaire propose-t-il une autre approche de l’inclusion, c’est-à-dire celle où on n’impose pas une seule vision de la « normalité »?

 

Christophe Lhuillier : exactement ! Dans beaucoup de méditation culturelle, on part du principe que les personnes atteintes de handicap ne savent pas faire de la bonne manière. Avec mon travail, j’ai envie d’apporter une autre vision de l’autisme en montrant que leur musique peut être très cool. J’ai envie de montrer à la société l’apport de la marge, c’est-à-dire des personnes, des minorités, de la contre–culture. Je n’ai aucune envie que les vinyles d’Astéréotypie soient classés dans un registre musical dédié aux personnes handicapées (un peu comme les JO Paralympiques). D’ailleurs au début, notre dernier album (Aucun mec ne ressemble à Brad Pitt dans la Drôme) a eu un succès très mitigé auprès des milieux du handicap et du social…

Laetitia Møller: moi aussi, ce qui me touche c’est le dialogue. Dans nos vies, les frontières sont fines entre le moment où on décroche et celui où on se sent basculer. Quand il y a de la méconnaissance, on caricature les gens et on les met dans des cases. J’avais envie de redonner de la complexité. Je ne dis pas non plus que l’autisme est une singularité comme une autre. Avec l’Énergie Positive des Dieux, on n’est ni dans l’idéalisation ni dans la banalisation d’un trouble psychique.

 

La projection du film sera en tournée en Bretagne dans le cadre du mois du doc en novembre.
Vous pourrez retrouver Astérotypie en concert :

  • Le 19 novembre – au Forum Vauréal, à Vauréal (95)
  • Le 8 décembre – aux Transmusicales de Rennes (35)
  • Le 13 janvier – La Mamisèle à Saubrigues (40)
Pour acheter leur album en version digitale, physique ou en vinyle c’est par iciPour d’informations, rendez-vous sur leur compte Instagram @astereotypie.

 

 

Dans ce premier épisode de La Zone Grise, Christelle Tissot et Laure Elisabeth Roussel, thérapeute, parlent des petites addictions quotidiennes comme le sucre, le sport, la musique… Tous les épisodes et formats podcast mūsae sont disponibles ici et sur toutes les plateformes d’écoute !

 

Notre compte Instagram @musaetomorrow propose des contenus éducatifs pop et colorés. Vous pouvez également y retrouver des contenus vidéo et nos actus.

 

 

Toutes les deux semaines, retrouvez cette newsletter dans laquelle j’aborde des sujets de société par le prisme de la santé mentale que ce soit sous forme d’interview, de tribune ou en format éditorial.

 

 

Sur notre compte TikTok @musae_tomorrow nous proposons des contenus vidéo explicatifs comme cette vidéo d’1 min 30 sur l’Effet Pygmalion et comment les résultats scolaires sont influencés par l’attitude de l’enseignant·e envers ses élèves.

 

 

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