31 mai 2024

La psychothérapie institutionnelle au Palais de Tokyo

par

En avril dernier, j’ai eu la chance de visiter l’exposition « Toucher l’insensé« au Palais de Tokyo en compagnie de son curateur, François Piron. Elle aborde le sujet de la santé mentale à travers le prisme de la psychothérapie institutionnelle. C’est un mouvement de la psychiatrie née juste après la seconde guerre mondiale qui se positionne en opposition à la déshumanisation et la désaliénation qui ont marqué cette période. Cette exposition, tout comme ce mouvement, aborde la santé mentale par les pratiques artistiques et les idées. L’objectif est de dépasser les murs de l’hôpital et du médical pour en donner une vision sociétale. Vous imaginez bien que c’est naturellement un point de vue qui me parle.
Aujourd’hui je vous raconte ma découverte de cette exposition, les liens entre art contemporain et santé mentale, mes coups de coeur et les références que j’ai eu envie de creuser ensuite.  Vous pouvez découvrir « Toucher l’insensé » jusqu’au 30 juin. Bonne lecture et encore un grand merci à l’équipe du Palais de Tokyo pour son accueil chaleureux.

POSER LES BASES

 

Avant de nous plonger dans l’exposition, je pose rapidement quelques bases sur la psychothérapie institutionnelle. On la décrit comme un type de psychothérapie en institution qui met l’accent sur la dynamique de groupe, l’entraide, l’écoute de l’autre et la relation entre soignant·es et soigné·es.

L’un de ses pères fondateurs est le psychiatre et psychanalyste François Tosquelles. Catalan d’origine, il a fui l’Espagne au moment du franquisme et a été à l’origine de l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban. Il est considéré comme le fer de lance de la pratique. Avec ses ami·es Jean Oury et Félix Guattari, iels sont connus pour avoir placé les premières pierres à l’édifice de la psychothérapie institutionnelle. Enfin pas tout à fait les premières. Bon nombre des femmes qui ont oeuvré pour faire de ses établissements des lieux de soins ont été invisibilisées. Parmi elles, Agnès Masson, exilée italienne qui a fui le fascisme, a dirigé Saint-Alban de 1933 à 1936. Elle a été la première à moderniser l’hôpital, facilitant le travail de Tosquelles. Si vous souhaitez creuser le sujet je vous invite à lire la neuvième édition de la super revue  Panthère Première qui fait un travail formidable sur la recherche, les sciences sociales et le féminisme. Bref je m’écarte un peu du sujet.

La psychothérapie institutionnelle s’inspire de l’anarchisme, du syndicalisme, du féminisme, de la psychanalyse et la poésie. Elle lie psychologie et inclusion sociale, domination sociale et maladie mentale, enfermement et privation de liberté. Tou·tes ses mères et pères fondateur·ices sont d’accord pour dire que l’hôpital psychiatrique est malade et qu’il faut soigner l’institution. Elle est devenue déshumanisante et aliénante. Comment faire ? En travaillant sur le cadre et son contenu. Le principe de base est que si on veut agir sur la santé et le bien-être des patient·es il faut travailler sur la structure, l’endroit où on est, le milieu dans lequel on opère et les types de relation qui existent autour de nous. C’est une pratique très ancrée dans la vie quotidienne où l’art joue un rôle clé.
Et c’est ce que François Piron a voulu infuser dans sa curation pour l’exposition Toucher l’insensé. “Il y a quelques principes comme ça très simples qui font de la psychothérapie institutionnelle quelque chose de vraiment de l’ordre d’une pratique de la vie quotidienne”.

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