27 juin 2022

Plaisir et sexualité

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Au fil des derniers articles, on vous a beaucoup parlé de sujets de société comme les émotions en politique, l’éco-anxiété ou encore la diet culture. Cette semaine c’est l’été, on a envie de vous parler de l’intime et du plaisir. Mais pas n’importe quel plaisir, celui procuré par notre sexualité. Pour l’OMS, la santé sexuelle est « un état de bien-être physique, émotionnel, mental, associé à la sexualité ». Tout comme la santé mentale, elle ne se limite pas à l’absence de pathologie. Elle implique aussi le respect de soi, de l’autre et le plaisir. Malheureusement, c’est un sujet qui est trop peu abordé dans l’éducation sexuelle. Le plaisir est aussi très cliché et hypersexualisé dans l’imaginaire collectif. Pour lever les tabous sur ce sujet, on a posé plusieurs questions à Laure Elisabeth Roussel.

Écouter le podcast sexualité et santé mentale

 

 

POURQUOI CONSULTER UN·E SEXOTHÉRAPEUTE ? 

 

Un sexothérapeute c’est une personne formée à l’accompagnement psychologique, et psychothérapeutique qui a des connaissances autour de la santé sexuelle, des schémas de pensées et de la connaissance génitale. C’est un·e praticien·ne qui peut questionner la personne sur sa sexualité et ce qu’elle engage en termes d’éducation, d’expériences personnelles, de valeurs, de rapport au corps, d’environnement socioculturel, de croyances porteuses et limitantes.
Généralement les personnes viennent me consulter car elles ont du mal à prendre en main leur désir, à l’exprimer et à le vivre. On vient me voir pour des craintes de ne pas vivre une sexualité épanouie. Je peux avoir par exemple des problèmes de scénario mal compris ou non résolus car très souvent l’espace du fantasme est à réexplorer. Il faut chercher une nouvelle forme de poésie pour créer un nouvel imaginaire érotique.

On peut me consulter également pour des troubles de la sexualité liés à une agression ou à des attouchements. D’autres personnes peuvent aussi avoir peur de ce que la sexualité implique dans l’intimité. Les situations sont variées car mes clients vont de 16 à 99 ans. Il y a des jeunes qui commencent en sexualité et qui ont des problèmes d’endomètre ou de dyspareunie (i.e douleurs à la pénétration). Et puis il y a des personnes âgées qui rencontrent tardivement des personnes et qui se demandent si elles peuvent s’autoriser au désir et à la sensualité.

 

Jamais la politique n’a autant envahi les cabinets de psy. 

 Catherine Grangeard, psychanalyste, TFI, mars 2022.

 

QU’EST-CE QUE L’ANORGASMIE ? 

 

C’est le fait de ne pas réussir à atteindre l’orgasme. Cela peut concerner tout le monde. Mais avant de parler d’anorgasmie, il faut se poser la question du sens qu’on donne à l’orgasme. Parfois j’ai des clientes qui pensent être anorgasmiques alors qu’en fait on découvre qu’elles sont multi-orgasmiques. Je rappelle aussi qu’une éjaculation pour les hommes n’est pas nécessairement accompagnée d’un orgasme.

 

COMMENT FONCTIONNE L’ORGASME ? 

 

On a besoin d’éduquer notre système de récompense au plaisir. Plus on est caressé, plus le corps est touché, plus notre système de récompense peut reconnaître les caresses, les plaisirs et ainsi engager l’orgasme. Les parties génitales jouent un rôle. Mais il faut savoir que le premier organe qui provoque l’orgasme c’est le cerveau. À ce moment-là, le cerveau reçoit une grosse décharge hormonale (dopamine, endorphine, ocytocine, sérotonine). Il peut donc y avoir des blocages psychologiques qui entraînent des blocages d’orgasmes.

 

LE PLAISIR SEXUEL S’EXPRIME-T-IL UNIQUEMENT PAR L’ORGASME ?

 

Non même si pour beaucoup c’est le Graal. Je pense que l’injonction à l’orgasme crée beaucoup de souffrance dans la sexualité. Il y a plusieurs manières de vivre son plaisir et de se le représenter. Il y a plein de manières d’avoir des orgasmes aussi. Et pour cela, il faut sortir du scénario qui dit : préliminaires – pénétration – point culminant – orgasme – période réfractaire. De nombreuses personnes vivent des sexualités très épanouies sans être dans la quête du climax de l’orgasme. Elles cherchent au contraire à faire durer le plaisir et à le faire rebasculer à un autre endroit.

NDLR : le plaisir dans une relation peut s’exprimer d’une autre manière que par la sexualité. On compte 6 à 7% de personnes en France qui sont asexuelles. 

 

COMMENT FAIRE POUR ÊTRE PLUS À L’AISE AVEC SA SEXUALITÉ ?

 

Pour bien entretenir sa sexualité, il faut la nourrir. On peut parler, écrire ou lire à ce sujet.

C’est important de cultiver le fantasme, de s’interroger sur ce qui nous fait plaisir, de tester des choses, de se remettre en question.

Laure Elisabeth Roussel.

Ce qui nous a plu un jour sera peut-être détesté le lendemain. Et réciproquement.
Dans le couple, la meilleure clé c’est la parole, l’échange et l’écoute. Et quand je parle d’échange et d’écoute, au-delà des mots je parle aussi de l’accueil de la caresse de l’autre comme d’un indicateur précieux de ce qui pourrait lui faire plaisir. Et réciproquement. Si on connaît soi-même ce qui nous fait plaisir, cela permet aussi de le partager avec l’autre et donc de continuer à s’épanouir.
En revanche, il faut prévenir que tout fantasme n’est pas fait pour être vécu. En effet, vivre l’ensemble de ses fantasmes peut aussi être délétère.

7,7/10
C’est la note que les 25-35 ans donnent au plaisir sexuel dans leur contribution au bonheur.

Enquête IPSOS : Existe-t-il un bonheur français ? Le 1, 8 juin 2022.

 

EN QUOI NOTRE PLAISIR SEXUEL PEUT AMÉLIORER NOTRE SANTÉ MENTALE ?  

 

Il y a une auteure que j’aime beaucoup qui s’appelle Camille Emmanuel et qui a écrit SexpowermentElle fait l’analogie entre sa puissance sexuelle et son bien-être : le fait de vivre pleinement sa sexualité et de l’assumer engendre la confiance en soi ainsi que l’estime de soi. C’est comme pour tout finalement. Lorsqu’on arrive à libérer sa parole, lorsqu’on a suffisamment de connaissances et de confiance en soi pour pouvoir vivre un champ de sa vie qui est plus tabou que les autres; et bien généralement on est bien dans ses pompes. Une sexualité bien assumée est synonyme d’une bonne santé mentale.

 

Consulter Laure Elisabeth Roussel

 

 

Camille Aumont Carnel, auteure du compte Instagram Je m’en bats le clito, s’est inspirée des témoignages de 25 000 adolescent·e·s pour répondre à toutes vos questions sur la sexualité : du consentement, à l’épilation, au craquage de capote, à l’éjaculation nocturne et bien plus encore. … Fraîchement publié il est disponible dans toutes les bonnes librairies et ici.

 

 

 

Les trois points clés à retenir

#1 On a besoin de nourrir et de ré-imaginer notre désir.
#2 L’organe du cerveau est le principal déclencheur de l’orgasme.
#3 Notre bien-être mental passe (entre autres) par notre capacité à assumer notre sexualité et à nous faire plaisir.

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