26 mai 2022

Santé mentale et diet culture

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Vous l’entendez cette petite ritournelle qu’on nous souffle à l’oreille : bientôt la saison des maillots de bain, préparez votre “summer body”. Déjà c’est un problème de subir ces injonctions à l’heure où le soleil est censé adoucir notre moral mais surtout elles sont devenues omniprésentes tout au long de l’année. Savez-vous qui en est la principale responsable ?  C’est la « diet culture ». Phénomène culturel bien connu dans les pays anglo-saxons, on en parle de plus en plus en France. Et méfiez-vous car elle a des répercussions énormes sur notre estime personnelle et notre rapport à l’alimentation. Accrochez-vous je débroussaille les grandes lignes et j’essaie de vous donner des perspectives à la fin de cette newsletter.

Ecouter le dernier podcast Etats de Grâce

 

On a 18 fois de plus de chances
de développer un trouble du comportement alimentaire lorsqu’on suit une diète trop stricte.

Diet culture is everywhere, octobre 2021. 

 

 

QU’EST-CE QUE LA « DIET CULTURE »?

 

La “diet culture” (culture de la diète) est la préoccupation incessante de l’apparence physique associée au respect de normes alimentaires strictes. Elle peut inclure des discussions obsessionnelles sur les limites caloriques, un niveau d’attentes démesurées sur le sport et sur toute autre méthode utilisée pour perdre du poids. C’est un système de valeurs entièrement fondé sur la minceur et les moyens pour y parvenir.

La « diet culture » sépare le monde en deux : il y a ceux qui ont le bon état d’esprit et puis les autres… Tout en haut de l’échelle sociale de la « diet culture » on retrouve les stakhanovistes de la discipline et du travail pour “s’offrir” ce corps parfaitement mince explique Emma Laing, professeure agrégée et directrice de la diététique à l’Université de Géorgie. Tout en bas de l’échelle on retrouve les personnes dont le corps ne correspond pas aux standards de beauté de la « diet culture ». Et là le verdict est sans appel. Si elles ne sont pas minces c’est parce que ces personnes se complaisent dans leur flemme, qu’elles manquent de volonté et d’autodiscipline.

 

POURQUOI EST-CE DEVENU UN PHÉNOMÈNE CULTUREL ?

 

La stigmatisation liée au poids n’a bien sûr pas attendu la « diet culture » pour exister. L’apologie de la minceur dans l’imagerie collective existe depuis la fin des années 70. En revanche ce qui fait la spécificité culturelle de la « diet culture » c’est son culte de l’hygiénisme le tout catalysé par une bonne dose de réseaux sociaux.

Une culture du fitness toxique

La responsabilité de la mode et de la beauté n’est plus à prouver sur notre rapport au corps. Ce qu’on a moins exploré en revanche c’est celle du monde du fitness. Il y a une mouvance de fond qui met en avant les effets bénéfiques du fitness uniquement pour ses capacités à nous faire maigrir. Or si on fait du sport c’est aussi pour le bien-être mental que cela nous provoque. Résultat franchement qui ne s’est jamais senti mal à l’aise dans une salle de fitness ? Si tu n’incarnes pas physiquement les codes tu te sens jugé·e et tu as honte de ton corps (i.e le « body shaming » en anglais). La salle de sport peut être d’une violence sans nom socialement.

Les réseaux sociaux, miroir aux alouettes

Les réseaux sociaux font partie de la recette miracle du succès de la « diet culture ». Et celui qui a le haut du panier bien sûr c’est Instagram en donnant la part belle à une image parfaitement lisse et sans cellulite. De plus la construction même de son algorithme fait qu’une fois qu’on s’abonne à un compte prônant la « diet culture » c’est l’emballement on ne voit plus que ça. Le fait de ne pas se retrouver dans ces modèles de canons de beauté catalyse le « body shaming » déjà vécu dans la vraie vie. Par exemple à la sortie du premier confinement on en a soupé du “body shaming”. Parce qu’après avoir bien squatté votre canapé il était temps de se remettre au sport. Surtout si vous êtes une femme.

Mais ce qui est encore plus pernicieux c’est que certains comptes qui ne nous veulent que du bien en apparence provoquent l’effet inverse. C’est par exemple le cas avec la récupération du mouvement « body positive ». Ce mouvement au départ se voulait inclusif pour tous les corps. Mais il a été trop souvent récupéré par des influenceuses blanches, minces et riches. Friandes de mantras positifs, elles ont fini par envahir nos feeds en nous martelant avec leurs injonctions oppressantes. On aime beaucoup d’ailleurs les réactions de l’activiste « anti-diet » culture britannique Jameela Jamil à l’encontre de la famille Kardashian, véritable étendard marketing des compléments alimentaires en tout genre propres à la « diet culture ».

 

 

 

QUELS SONT LES ENJEUX SOUS-JACENTS ?

 

Vous l’aurez compris la grossophobie proposée par la « diet culture » fait des ravages en créant des troubles du comportement alimentaire (TCA) et psychologiques.  
Les personnes qui sont en hypervigilance permanente par rapport à leur alimentation  perdent complètement ce qu’on appelle l’alimentation intuitive : c’est-à-dire savoir se nourrir quand on en ressent le besoin physiologique. Initialement nous avons tou·te·s ce radar qui nous indique lorsque notre corps a besoin de s’alimenter. Mais la « diet » culture inhibe complètement la reconnaissance des besoins physiologiques et crée de profonds troubles alimentaires sur le long terme comme la boulimie, l’anorexie mentale ou l’hyperphagie.

La « diet culture » prend tellement de place dans notre quotidien qu’elle phagocyte tout notre mode de vie : notre temps, notre énergie et notre argent. Elle crée des obsessions. On compte toutes les calories tout le temps. On diabolise certains aliments trop riches en gras, en sucre en glucides. On peut même développer de l’orthorexie c’est-à-dire l’obsession de la “nourriture saine” comme l’explique Louise Aubery, fondatrice de My Better Self qui a beaucoup souffert des vices de la diet culture. Et enfin on oublie complètement le simple plaisir de profiter d’un bon repas avec ses proches.

Les personnes qui n’aiment pas leur apparence physique sont plus sujettes à une mauvaise santé physique mais aussi mentale bien sûr. La « diet culture » provoque de profonds sentiments de honte, de culpabilité et de peur en bouleversant la perception de notre propre corps (dysmorphie corporelle). Elle normalise le fait d’être intimidée dans les espaces publics lorsque nous sommes en surpoids et même de devoir payer davantage pour des services médicaux comme d’être moins facilement embauché·e ou plus facilement harcelé·e.

 

On n’a pas peur de devenir gros, on a peur d’être traité·e comme tel·le.

Virgie Tovar, The Simplifiers, février 2022.

 

 

En générant la peur et le manque de confiance en soi, la diet culture exclue socialement. Elle touche de manière disproportionnée les femmes, les personnes racisées, non binaires ou transgenres. C’est un phénomène sociologique qui conditionne l’estime personnelle et le bonheur à l’apparence physique oblitérant toute autre qualité humaine possible. Le corps devient alors un instrument de pouvoir.
Et la cerise sur le gâteau c’est que la diet culture ne remplit jamais ses promesses de vente. Pourquoi ? Car des études montrent, notamment celle publiée par l’American Journal of Physiology Endocrinology and Metabolism, qu’il est quasi impossible de tenir les différentes diètes proposées. Par conséquent cela engendre un sentiment d’échec et d’insécurité immense qui vient systématiquement nourrir cette boucle de croyances négatives qui est que : si tu ne parviens pas à perdre du poids c’est que tu manques de volonté et qu’il est donc bien normal que tu sois rejeté·e.

ALORS ON FAIT QUOI ?

 

Au niveau personnel, les professionnels de la nutrition proposent de nous reconnecter à notre corps et à nos ressentis pour récréer l’alimentation intuitive dont on parlait plus haut.

 

S’interroger sur notre rapport à l’alimentation et à notre corps :

  • Pourquoi est-ce que je ressens ça par rapport à mon corps ? Qu’est-ce qui a déclenché ce sentiment ?
  • Mon corps est-il si différent de ce qu’il était hier ?
  • Quels facteurs externes ont une incidence sur mes sentiments ?
  • Quel choix ai-je à ma portée pour répondre à ce ressenti ?
  • Quel est mon rapport à la nourriture ? Est-ce que je ressens du plaisir en mangeant tel ou tel plat parce que j’en aime bien le goût ? Ou alors ai-je encore l’occasion de passer un bon moment avec mes proches à l’occasion d’un repas  ?

Oui bien sûr les mouvements climat ont des liens entre eux. On co-organise des actions, des marches et plein d’autres choses. On a en effet conscience qu’ensemble, on a beaucoup plus de poids et de force. Après à mon sens, c’est important de mener des projets à l’échelon local. C’est aussi comme ça que les gens se reconnaissent dans les messages portés. Je parlais tout à l’heure de l’Inde, des enjeux autour de l’eau et de la canicule. On n’en parle pas voire peu car plus c’est loin moins les gens se sentent concernés. Donc il faut être bien ancré sur le territoire dans lequel on est pour parler aux gens qui les habitent et transmettre nos messages pour qu’iels nous rejoignent.

Remettre en question les jugements de valeur qui nous entourent. 

  • Ça peut être à la salle de sport lorsque quelqu’un crie haut et fort qu’il a réussi à éviter ce dessert plaisir coupable.
  • Faire un pas de côté lorsqu’on voit dans une série TV que son héros a gagné en popularité car il a perdu du poids.
  • Ou encore éviter les « hey t’as l’air en forme t’as perdu du poids non ? »

Aller voir un·e professionnel·le de la nutrition si on ressent un sentiment d’inconfort 

par rapport à notre corps ou à notre alimentation. Surtout éviter l’automédication en suivant des pseudo-régimes scientifiques proposés sur les réseaux sociaux.

Nettoyer nos réseaux sociaux 

en supprimant les comptes qui nous mettent mal à l’aise ou nous font nous sentir coupables par rapport à notre corps ou notre exercice physique.

 

 

Le podcast IWEIGH

Créé par Jameela Jamil, actrice dans la série The Good Place, son podcast I Weigh est une mine d’or pour déconstruire la « diet culture » et parler santé mentale. On vous recommande l‘épisode avec Megan Jayne Crabb/

 

 

 

Le compte Instagram de Meg Boggs.

Fervente défenseuse d’une culture du fitness plus inclusive et holistique, Megg Boggs normalise tous les corps avec humour et punchline.

 

 

 

Anti Diet Riot Club

Leurs cours de dessins et leurs contenus sont géniaux  pour apprendre à être à l’aise avec son corps et celui des autres.

 

 

 

Les trois points clés à retenir

#1 La « diet culture » résume notre estime personnelle à notre apparence physique.
#2 Les bienfaits de la modération ne sont pas uniquement valables pour les excès, ils devraient aussi l’être lorsqu’il s’agit de carences alimentaires. 
#3 Le bien-être mental est un facteur d’inclusion sociale.

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