12 mai 2022

Santé mentale et éco-anxiété

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Connaissez-vous l’éco-anxiété ? C’est un sentiment de stress lié aux enjeux environnementaux dont on souffre de plus en plus. Mais c’est un sentiment qui traverse davantage les jeunes générations. Même si matériellement, iels ne sont pas tou·te·s concerné·e·s par les dégâts provoqués par le réchauffement climatique le fait de grandir avec cette menace imminente dans un monde incertain est un facteur de stress bien réel. Pour s’exprimer sur ce sujet, aujourd’hui, je change le format de cette newsletter et je donne la parole à Léa Geindreau. Activiste écologique, elle a fait de son éco-anxiété une expérience positive pour se mobiliser. Elle avait livré son expérience lors d’un Ted Talk en janvier dernier à Genève.

 

 

QU’EST-CE QUE L’ÉCO-ANXIÉTÉ POUR TOI ? 

Selon moi, c’est une forme d’angoisse liée au dérèglement climatique. Elle est provoquée par une dissonance cognitive entre ce qu’on perçoit de l’état du monde et les actions qui sont mises en place par les gouvernements ainsi que les entreprises pour répondre aux enjeux environnementaux et sociaux. Par exemple en ce moment l’Inde connaît l’un de ses plus grands épisodes de canicule. Un milliard de personnes sont concernées et il y a peu voire pas d’informations dans les médias à ce sujet. Pourtant l’enjeu est crucial. Il nous indique à nouveau l’urgence d’agir pour préserver la planète ainsi que le monde dans lequel ma génération et celles d’après vont vivre.
Pour moi, plus que l’éco-anxiété c’est l’état du monde qui me préoccupe. En fait nous ne sommes pas malades. Je pense au contraire que ma génération est plutôt clairvoyante sur la situation qui va devenir de plus en plus dramatique si on n’agit pas maintenant.

 

72% des 15/25 ans dans le monde souffrent d’éco-anxiété.

Étude JWT, janvier 2022.

 

 

QUAND A EU LIEU TA PLUS GRANDE CRISE D’ÉCO-ANXIÉTÉ ? 

J’ai travaillé pendant plusieurs années dans une multinationale. (N.D.L.R : Léa était cheffe de projet numérique dans un grand groupe). Je pensais à l’époque que pour faire bouger les lignes, il fallait le faire à l’intérieur du système. Je voulais changer les politiques internes des entreprises pour les pousser à agir. J’étais très impliquée. J’ai monté des groupes de travail sur l’écologie. J’ai redirigé mes missions pour qu’elles soient en lien avec le sujet climatique. J’ai tout tenté pour mettre le sujet sur la table. Mais rien ne changeait. 2020 a été une année de remise en question décisive pour moi. À cette époque, les questions de 5G émergeaient et on devait l’implanter dans mon entreprise. Ça a été la goutte de trop. Je ne comprenais pas le sens de cette mission compte tenu de tous les impacts négatifs de la 5G sur l’environnement.
Ça m’a mise au pied du mur de ma dissonance cognitive. Il y avait un trop grand écart entre mes valeurs et les actions concrètes de l’entreprise sur l’environnement pour que je continue à fermer les yeux. Leur seul véritable objectif c’était le profit. J’ai donc fini par faire un burn-out car j’étais vraiment trop épuisée d’aller à contre-courant.

 

EST-CE QUE ÇA A MARQUÉ UN TOURNANT DANS TA FAÇON DE T’ENGAGER? 

Tout à fait. Pendant longtemps j’ai appliqué la politique des petits gestes dans mon quotidien. Mais mon corps et mon esprit m’ont fait comprendre qu’il fallait que j’agisse plus concrètement. Ça m’a poussé à devenir activiste écologique et à rejoindre Alternatiba un mouvement citoyen pour la justice climatique et sociale. Ce burn-out n’a vraiment pas été un moment facile mais ce qui en a découlé derrière a été très positif.

 

J’ai rencontré des gens dans mon collectif qui partagent mes valeurs, qui luttent pour un monde plus juste. J’ai trouvé des alliés tout simplement que je n’avais pas avant. La force du collectif me donne beaucoup d’énergie et m’a fait me sentir moins seule.

Léa Geindreau pour mūsae, mai 2022.

En 2 ans on a déjà fait beaucoup de choses. On a organisé des marches, des actions de désobéissance civile non violentes, des camps de sensibilisation sur le climat. Je me sens 1000 fois mieux maintenant. Je suis alignée avec mes valeurs et je les incarne au quotidien. Ce qui n’était pas du tout le cas avant. On devrait d’ailleurs avoir une vraie remise en question sur notre rapport du travail. Parce qu’on y passe a minima 8 heures par jour et le faire sans ces valeurs de sens et d’utilité publique et bien je trouve ça triste.

 

QU’EST-CE QUE TU CONSEILLERAIS À UN·E ÉCO-ANXIEUX·SE ?

Je pense que quand on est éco-anxieux·se, le meilleur des remèdes c’est le passage à l’action. Car il permet de canaliser l’anxiété qu’on peut avoir. Ensuite ce que je conseillerais aux personnes qui, travaillent dans grandes entreprises qui ne se soucient pas des enjeux durables c’est de les quitter (rires).
Mais aussi ce que je suggère c’est de ne pas trop culpabiliser au niveau individuel. Il y a eu un rapport de Carbone 4 qui montrait que si demain tous les Français·e·s étaient des écolos parfait·e·s, l’empreinte carbone de la France ne réduirait que de 25%. On aura beau ne plus manger de viande, nous déplacer qu’à vélo, faire le tri à fond, ne plus acheter de choses superflues et ne plus avoir de déchets, ça ne suffira pas. Donc même si c’est difficile il ne faut pas culpabiliser, on a besoin d’un changement profond de système.
Et c’est là toute la force du collectif. Nous citoyen·ne·s nous pouvons faire pression sur les pouvoirs publics et les entreprises pour changer la donne. Seul·e on ne peut pas déplacer des montagnes.

 

EST-CE QU’IL Y A DES PONTS QUI SE CRÉENT ENTRE ACTIVISTES AU NIVEAU INTERNATIONAL? 

Oui bien sûr les mouvements climat ont des liens entre eux. On co-organise des actions, des marches et plein d’autres choses. On a en effet conscience qu’ensemble, on a beaucoup plus de poids et de force. Après à mon sens, c’est important de mener des projets à l’échelon local. C’est aussi comme ça que les gens se reconnaissent dans les messages portés. Je parlais tout à l’heure de l’Inde, des enjeux autour de l’eau et de la canicule. On n’en parle pas voire peu car plus c’est loin moins les gens se sentent concernés. Donc il faut être bien ancré sur le territoire dans lequel on est pour parler aux gens qui les habitent et transmettre nos messages pour qu’iels nous rejoignent.

 

QUE PROPOSE ALTERNATIBA ? 

Alternatiba est un mouvement citoyen qui milite pour le climat et la justice sociale. Notre objectif est de créer un mouvement de masse et que le plus grand nombre se retrouve dans nos messages pour opérer un changement systémique. C’est pourquoi nous proposons une diversité de tactiques avec des noms différents.

  • Avec Alternatiba. On propose des solutions écologiques alternatives sur un territoire donné. On organise également des marches pour le climat, mais aussi des camps climat pour former des gens tous les étés partout en France.
  • Avec ANV-Cop21. On fait de la désobéissance civile non violente pour dénoncer les projets polluants, l’inaction politique et les entreprises qui font du greenwashing.
  • Pour les élections législatives. On perd pas mal de votants entre les présidentielles et des élections à venir. On propose donc des contenus pédagogiques pour expliquer l’importance de ces élections. Ce sont les sept arguments pour aller voter aux législatives.

Et de manière générale, c’est chouette car nous sommes de plus en plus nombreux·ses. Il y a eu beaucoup de personnes qui sont arrivées chez Alternatiba au moment des élections présidentielles. Il y a donc eu une volonté d’engagement de la part des citoyen·ne·s. Et ça, ça donne de l’espoir pour les 5 prochaines années et les suivantes.

 

QUELLE A ÉTÉ TON ACTION POUR LA JOURNÉE DE LA TERRE ? 

Je n’ai pas eu d’action spécifique, je dirais “militantisme as usual ».

 

 

Les trois points clés à retenir 
#1 L’éco-anxiété est un sentiment ressenti par une part croissante de la population.
#2 Passer à l’action est un levier puissant de  solidarité et de diminution de l’éco-anxiété.
#3 Bonne nouvelle : les citoyen·e·s s’engagent de plus en plus et ça redonne la pêche. 

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