10 mars 2022

Santé mentale en temps de guerre

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Initialement je ne voulais pas parler de la guerre en Ukraine ici pour éviter de plomber l’ambiance et d’en rajouter une couche à l’humeur anxiogène du moment. J’avais envie de rester fidèle à la ligne éditoriale positive et décomplexante de cette newsletter. Et puis finalement c’est devenu un besoin irrépressible pour moi de prendre la parole à ce sujet. Pourquoi ? Car cette guerre a et va avoir des répercussions sur la santé mentale de celleux qui la vivent et de celleux qui la regardent. Et aussi car personnellement j’en ai besoin à titre personnel. Alors aujourd’hui j’ai envie d’apporter ma modeste pierre à l’édifice en faisant de cette newsletter une ressource en ces temps hostile et de rappeler encore et encore que prendre soin de la santé mentale est un engagement citoyen pour déconstruire nos peurs et pour transformer durablement notre rapport à soi, à l’autre et au monde.

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DANS LA TÊTE DE CELUI QUI FAIT LA GUERRE 

 

Mais qu’est-ce qui a pu se passer dans sa tête pour que Vladimir Poutine entreprenne cette guerre qu’on ne pensait pas voir se réaliser. Alors bien sûr ce n’est pas arrivé du jour au lendemain et sans doute que nous avons été nombreux·ses à ne pas (vouloir) y croire. Anne Politkovskaïa, journaliste indépendante Russe assassinée en 2006, expliquait déjà que la discussion politique ne fait pas partie du registre du président russe. Son mode d’expression c’est le « monologue de type militaire ».

Ce n’est ni un tyran, ni un despote-né. Il a juste été formé à réfléchir selon des catégories qui lui ont été inculquées par le KGB, dont l’organisation représente à ses yeux un modèle idéal, ainsi qu’il l’a publiquement déclaré plus d’une fois. C’est la raison pour laquelle lorsque quelqu’un est en désaccord avec lui, Poutine exige qu’on coupe court à toute hystérie.

La Russie selon Poutine , Anna Politkovskaïa, Extrait de l’hebdo Le 1.
23 février 2022.

C’est donc un long processus historique, éducatif et psychologique qui a façonné la manière de voir le monde de Vladimir Poutine. Une vision qui a aussi été alimentée par deux années de pandémie qui ont d’autant plus enfermé Vladimir Poutine dans ses propres raisonnements et sa profonde nostalgique dune URSS toute puissante.

Certains médecins psychiatres et neuroscientifiques avancent aussi le fait que Vladimir Poutine est peut-être atteint du syndrome d’Hubris. Ce phénomène psychologique a été identifié en 2006 par David Owen, médecin et ancien ministre britannique aux Affaires Étrangères. Il fait référence à une toute-puissance, un narcissisme exacerbé, à orgueil démesuré et à une confiance excessive en son propre jugement. Bien sûr, loin de moi là l’idée d’écarter toute explication géopolitique et historique dans les raisons de la guerre en Ukraine. La personne atteinte du syndrome d’Hubris méprise toute forme de critiques et nomme hystérie une vision du monde qui est différente de la sienne. Mais assez parlé de lui.

DANS LA TÊTE DE CELLEUX QUI VIVENT LA GUERRE 

 

Les problématiques de santé mentale sont extrêmement nombreuses pour les personnes qui vivent la guerre. J’avais d’ailleurs écrit un article à ce sujet il y a quelques mois sur la santé mentale dans les pays arabes

Les victimes peuvent déclencher un trouble de stress post-traumatique qui se caractérise par des traumas à moyen terme tels que des reviviscences du traumatisme, des cauchemars et des évitements des situations rappelant l’évènement. Sur le long terme, la guerre peut engendrer des profonds troubles dans la manière de ressentir le monde comme l’hypervigilance, la dépression, les troubles anxieux, les addictions et le trouble de deuil prolongé.

La guerre a un impact psychologique plus important sur les personnes fragiles à savoir les femmes, les enfants, les personnes racisées, LGBTQ et les handicapées. Toutes ces personnes sont d’ailleurs les premières à fuir l’Ukraine actuellement.

Illustration de l’artiste Ukrainienne Daria Filippova. L’intégralité de son travail est ici.

 

 

DANS LA TÊTE DE CELLEUX QUI LA REGARDENT  

 

  • Alors je vous l’accorde, c’est tentant de passer son temps à scroller sur les réseaux pour être au contact permanent de ce qui se passe sur le terrain mais l’infobésité peut engendrer un état de sidération : c’est-à-dire une immobilité, un ralentissement, un souffle coupé qui nous laissent dans l’incapacité de crier ou d’appeler à l’aide.

    Alors stop, pause ! L’idée n’est pas de faire la politique de l’autruche mais d’entretenir son pouvoir de discernement et de rester en mesure de passer à l’action pour soutenir.

    • Faire et parler d’autre chose : exercer n’importe quelle activité récréative (dessiner, écrire, jouer de la musique, faire du sport, se connecter à la nature…) qui nous permette de nous couper de nos pensées anxiogènes ou au contraire de les extérioriser pour nous recentrer sur notre réalité immédiate.

    • En parler IRL à ses proches, à un professionnel ou via les lignes d’écoute recommandées par Psycom. Cela permet d’exprimer ses angoisses, de les entendre et de s’en détacher pour mieux les observer.

    • Couper les médias d’information continue qui martèlent à longueur de journée les mêmes messages sans nécessairement amener un éclairage intéressant sur la situation.

    • Éviter Twitter, le refuge par excellence de la haine et de l’infox. Aller directement sur les sites des médias qui vous intéressent. Je vous glisse ici KYIV, média indépendant ukrainien que vous pouvez également soutenir.

    • Prendre le temps de la réflexion avant de partager un contenu. Est-ce que le contenu que je partage est de source sûre et a-t-il une utilité. France 24 a repéré pas mal d’infox par ici

Écouter le podcast Motherboard sur la cyber guerre en Ukraine

 

 

LA FORCE DU COLLECTIF 

 

L’action diminue l’anxiété, alors voici quelques pistes d’engagement citoyen.

 

Les trois points clés à retenir 
 
#1 Le syndrome d’Hubris est souvent le propre psychologique des dictateurs 
#2 La guerre laisse des traumas psychologiques importants sur celleux qui la vivent 
#3 L’engagement citoyen est un pare-feu contre l’anxiété

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