24 février 2022

Santé mentale et politique

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Pendant longtemps la santé mentale a été invisible voire volontairement invisibiliséeDepuis 2 ans, la pandémie de COVID-19 a mis un coup de projecteur dessus. L’isolement social imposé, la peur de la maladie, les nouvelles anxiogènes chaque jour ont fortement dégradé notre santé mentale et plus particulièrement celle des plus précaires et des jeunes générations.

Au regard de cette situation alarmante, l’OMS dénonçait en octobre 2021 le fait que les objectifs de santé mentale fixés par ses pays membres étaient loin d’être atteints. Alors à 45 jours de la prochaine élection présidentielle en France, on fait le point sur les propositions en matière de santé mentale par nos nombreux·se·s candidat·e·s.

 

LA SANTÉ MENTALE, LE POULS DE NOTRE SOCIÉTÉ

 

Il n’y a pas de santé sans santé mentale. Déjà car les deux sont extrêmement liés. Les troubles de la santé mentale peuvent être la cause ou la résultante de bon nombre de maux physiques. Parfois même les troubles psychologiques sont une cause aggravante de certaines maladies physiques.
De plus, d’après une étude faite par le média VICE, pour les “millénnials et la Génération Z”, la qualité de leur santé mentale est devenue l’indicateur de référence pour évaluer leur état de santé générale.

64 % des Français·e·s déclarent avoir déjà ressenti un trouble ou une souffrance psychique et jusqu’à 75 % chez les moins de 35 ans.

SourcePlace de la Santé, septembre 2021. 

Mais « guess what »?  Le COVID-19 a juste été un catalyseur. Comme l’atteste la Fondation Jean Jaurès dans l’un de ses rapports sur les jeunes générations.  “Depuis trente ans, le champ sémantique de la « crise » irrigue les discours politiques et alimente les flashs infos. Qu’il s’agisse d’économie, de terrorisme ou de pandémie, les crises se succèdent indéniablement. Les adolescent·e·s d’aujourd’hui sont les enfants de ces secousses. Ils sont les héritiers de ce fond diffus d’angoisse et d’inquiétude pour l’avenir. Avec la crise climatique qui s’amorce et s’accélère, cette anxiété des lendemains est plus que jamais d’actualité”.

La santé mentale est le reflet des maux de notre société. Alors entre l’immigration, la crise économique et la laïcité quelle est la place donnée à la santé mentale dans les programmes politiques de la présidentielle 2022 ?
Je tiens à préciser que les propositions citées ci-dessous sont celles dont nous avons connaissance à ce jour. Elles pourraient être complétées d’ici au 9 avril 2022 (date de fin de la “propagande électorale”).

LE CANDIDAT QUI NE SE DÉCLARE PAS 

 

Commençons par notre cher Président, Emmanuel Macron.  On a du mal à percevoir ses actions en la matière car il ne s’est pas déclaré candidat. Sa campagne commencera début mars et d’ici là il a prévu de nous envoyer son programme par voie postale. En attendant d’en savoir plus, Les Assises de la Santé Mentale qui se sont déroulées en septembre 2021 ont été l’action majeure pour la santé mentale pendant son quinquennat.

Elles ont permis :

  • la création du numéro vert 3114 pour la prévention du suicide

  • le remboursement par la Sécurité Sociale de 8 séances annuelles de psychologues sur prescription d’un médecin à hauteur de 40€ la première puis de 30€ les suivantes.

Des mesures certes symboliques et incomplètes. Néanmoins ces Assises ont permis a minima de donner une visibilité politique à un secteur en crise depuis longtemps. Cela fait plus de 40 ans que la psychiatrie est mal servie. Elle a été le premier service hospitalier à souffrir du manque de moyen. ⁠

Et qu’en est-il des candidat·e·s déclaré·e·s ? Pour Anasse Kazib, Christiane Taubira, Eric Zemmour, François Asselineau, Jean Lassale, Marine Le Pen, Nicolas Dupont Aignan, et Philippe Poutou la santé mentale n’apparaît pas dans leurs programmes. Certains sujets connexes à la santé mentale peuvent être abordés comme le remboursement de tous les soins par la Sécurité Sociale, les politiques de prévention contre le harcèlement ou les addictions mais sans nommer clairement le terme santé mentale , qui est désormais reconnu. Les candidats qui se positionnent vraiment sont Anne Hidalgo,  Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon, Valérie Pécresse et Yannick Jadot.

NB:  tou·te·s ces candidat·e·s ne seront pas nécessairement présents au premier tour car les parrainages ne sont pas encore au rendez-vous,

 

 

 GUÉRIR ET LÉGALISER 

 

Les deux frères ennemis Jean-Luc Melenchon (pour La France Insoumise) et Franck Roussel (pour le Parti Communistes Français) ont des approches similaires.

Jean-Luc Mélenchon a une mesure phare : la reconnaissance du burn-out comme une maladie professionnelle. Il veut aussi mettre en place un grand plan pour la santé mentale qui renforcera notamment les réseaux de Centres Médico-Psychologiques (CMP). Ce sont des relais territoriaux de l’action publique gouvernementale en matière de santé psychique pour les enfants et les adultes. Ce plan aura aussi vocation à permettre la réouverture des lits publics en psychiatrie, un suivi psychologique ambulatoire par le conventionnement de professionnels et une augmentation du nombre de places en faculté de médecine dans la filière psychiatrique.

Fabien Roussel (pour le Parti Communiste Français) a lui une approche similaire de l’hôpital public en charge de la psychiatrie. Il veut proposer au Parlement une loi-cadre en faveur de la psychiatrie, visant à augmenter les capacités d’accueil par le recrutement et la formation de personnels et à individualiser le parcours de soins. Il propose aussi un moratoire sur la fermeture des centres médico-psychologiques.
Sur un sujet connexe à la santé mentale, que sont les addictions, les candidats PCF et  LFI proposent de légaliser et encadrer par un monopole d’État la consommation, la production et la vente de cannabis à des fins récréatives dans des conditions permettant de lutter contre l’addiction. 

 

 

Illustration par Siobhan Keane

 

 

LA SANTÉ MENTALE COMME ENJEU NATIONAL ? 

 

Anne Hidalgo (pour le Parti Socialiste) et Valérie Pécresse (pour Les Républicains) clament toutes deux haut mais pas si fort que la santé mentale est primordiale. La candidate PS souhaite faire de la santé mentale la grande cause de son quinquennat avec celle des jeunes. Super ! Et concrètement ? On ne sait pas trop.
C’est un peu comme la proposition de lInstitut National de la Santé Mentale suggérée par la candidate des Républicains. Sur le papier ça fait joli, mais dans les faits ça ressemble pour le moment à une coquille vide.
Du côté des mesures concrètes, Anne Hidalgo propose aussi de reconnaître le burn-out comme une maladie professionnelle et Valérie Pécresse de mieux former les médecins généralistes aux problématiques de santé mentale. Elles veulent également doper la recherche fondamentale en matière de santé. Toutefois on entend santé au sens large du terme pas nécessairement la santé mentale. Cela fait partie du plan Marshall de la santé d’Anne Hidalgo notamment.

LE BIEN-ÊTRE MENTAL COMME ART DE VIVRE

 

Le candidat d’Europe Ecologie Les Verts a une approche plus singulière. Yannick Jadot a choisi de miser sur la prévention et de proposer une approche systémique de la santé mentale. Elle englobe la santé physique, mentale, sociale et planétaire.  C’est le seul candidat qui ne cantonne pas la santé mentale à l’unique absence de maladie. Il l’entend au sens du bien-être général pour adresser toute la zone grise entre la pleine forme et la pathologie lourde. Allons voir du côté de ses propositions concrètes.

Sur les soins dans les cabinets médicaux et à l’hôpital

  • Instaurer un suivi remboursé par la Sécurité sociale, avec une attention particulière pour les populations les plus touchées (agriculteurs, étudiants, personnes addicts, bénéficiaires de l’aide sociale à l’enfance, sans-abris, migrants, etc.).
  • Créer 10 000 lits en psychiatrie sur le quinquennat
  • Encadrer par la loi des pratiques de contention et d’isolement
  • Faciliter la prévention et la prise en charge rapide en élargissant le remboursement de la psychologie de ville sans limitation de temps et sans obligation de référencement par un médecin.
  • Assurer la présence d’au moins un·e  psychologue par centre médico-psychologique.

Sur les soins dans les cabinets médicaux et à l’hôpital

  • Multiplier les bureaux d’aide psychologique universitaires.
  • Rembourser sans avance de frais des consultations de psychologie de ville pour les moins de 25 ans. À noter néanmoins que le nombre et le montant de consultations par an ne sont pas précisés et certaines mutuelles le pratiquent déjà.

Sur le monde du travail

  • Reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle.
  • Renforcer la médecine de prévention, du travail et scolaire.

Sur la prévention

  • Doubler le budget de la recherche en santé mentale. En 2019 le montant alloué était de 154 millions d’euros
  • Créer des centres de prévention autour des questions liées à la sexualité, aux drogues, à la violence et au mal-être pour les jeunes générations.
  • Créer un pass-sport pour la santé y compris mentale doté de 250 millions d’euros. Financé par l’État pour les 6-20 ans (et jusqu’à 25 ans pour les jeunes en situation de handicap).
  • Soutenir les structures publiques et associatives de dépistage et de prévention en santé mentale.
  • Lutter contre les addictions avec la légalisation du cannabis. Cette mesure serait accompagnée d’un budget de 700 millions d’euros, ce qui correspond au budget actuel consacré à la lutte contre le cannabis.

 

Les trois points clés à retenir 

#1 La santé mentale est un indicateur de l’état de santé général de la société.
#2 Les politiques ont encore une vision maladive de la santé mentale.
#3 Les proches des personnes atteintes de troubles psychiques sont absentes des programmes 

 

Pour la Présidentielle, l’Union Nationale des Familles et Amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques propose 10 mesures phares pour prendre soin de la santé mentale.  Si vous aussi, vous voulez soutenir l’UNAFAM et faire de la santé mentale un enjeu majeur de la Présidentielle 2022, rendez-vous sur le site laforcedavancer.org. Vous avez la possibilité d’interpeller directement sur Twitter le/la candidat·e de votre choix. 

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