18 novembre 2021

Santé mentale et entrepreneuriat

par

Lors d’un précédent live, nous évoquions avec les créatrices de Nous Fomo le sujet de la santé mentale dans l’entrepreneuriat. Un mot qui est tout autant, voire plus tabou, que dans d’autres domaines. Pourquoi ? On va voir ça.

Pourtant créer son propre projet, son aventure professionnelle, sa boîte, sa start-up, peu importe comment on l’appelle, constitue une charge émotionnelle énorme. Et ce, d’autant plus depuis le début du COVID. J’en ai fait l’expérience. Lancer mūsae au cœur de cette « petite » pandémie, était vertigineux.

(Re)voir le live avec Nous Fomo

Plus de 50% des entrepreneur·se·s

souffrent de problèmes de santé mentale depuis la crise du COVID.
Baromètre de AIPALS et Observatoire Amarok

 

 

#1 ÇA PART DU SENTIMENT D’EMPÊCHEMENT

 

C’est un ressenti (pas agréable du tout) qui est apparu lors du premier confinement puis qui s’est amplifié à mesure des reconfinements, déconfifi, reconfifi etc…

Qu’est-ce que c’est ? C’est l’émergence inédite d’un sentiment qui altère à la longue la prise d’initiative et qui peut provoquer des sentiments profonds de stress, d’anxiété, pire de dépression.

Ce n’est plus le travail en lui-même qui est fatigant, c’est la crainte de ne pas pouvoir bien travailler, de ne pas y arriver et du dépôt de bilan qui menace. Ce sentiment d’empêchement est un toxique mélange d’impuissance et de découragement provoqué par le manque de visibilité et de projection lié au COVID-19.

Le sentiment d’empêchement crée une cascade infernale de maux :

  • Le syndrome du colin-maillard. On y va, on avance mais alors on ne sait pas à quelle sauce on va être mangé tant les perspectives économiques, sanitaires et sociales sont floues. L’incertitude fait partie du game de l’entrepreneuriat certes. Sauf que, lorsque la partie de poker dure 18 mois, elle altère sacrément le discernement et la capacité de rebond. La capacité de rebond c’est un peu la résilience de l’entrepeneur·se. À force de trop tirer sur le ressort du rebond, on finit par ne plus savoir ni où, ni comment rebondir.
  • Les problèmes de sommeil : Les difficultés à trouver le sommeil ou les réveils nocturnes deviennent légion. J’ai moi-même passé des nuits à regarder Paris la nuit par ma fenêtre sur les coups de 4h du mat. Il s’en passe des choses mais pas autant que dans ma tête.
  • Résultat des courses, le bout du rouleau n’est pas loin. Entre 2019 et 2021, l’Observatoire Amarok, une association qui s’intéresse à la santé physique et mentale des travailleurs non-salariés a mené une étude au cours des nombreux confinements pour prendre le pouls de la santé mentale des entrepreneur·se·s. On note une hausse considérable du risque de burn-out.

 

2ème enquête nationale COVID-19 par l’Observatoire Amarok

 

Le sentiment d’empêchement cumulé à l’isolement social imposé par les confinements a provoqué une perte d’estime de soi des entrepreneur·se·s

Olivier Torres, fondateur de l’Observatoire Amarok

 

 

#2  SE RACONTER UNE AUTRE HISTOIRE

 

À mon sens, le COVID n’est pas à l’origine de tous les problèmes de santé mentale du secteur de l’entrepreneuriat. Bon, sauf peut-être ce sentiment d’empêchement. Mais pour la plupart, la pandémie a été un catalyseur de maux datant de longue date.

« Je ne suis pas mes réalisations entrepreneuriales »
Cette notion de perte d’estime de soi est liée  à quelque chose de plus profond. L’étude menée par l’Observatoire Amarok montre bien l’importance que les entrepreneur·se·s accordent au faire et à l’agir. On retrouve ici une posture existentialiste dans le sens sartrien du terme (Sartre, 1996) où « l’entrepreneur·se n’est jamais que la somme de ses actes”. Il ne fait que confirmer le rapport existentiel qu’iels vouent à leur travail et à leur entreprise.

C’est donc compliqué de maintenir un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Et c’est d’autant plus vrai pour certaines catégories professionnelles. Par exemple, 46% des agriculteurs considèrent ne pas pouvoir faire la distinction entre les deux et 56% des professionnels de santé.

Le fait de s’évaluer uniquement à travers ses réalisations professionnelles empêche d’avoir d’autres indicateurs d’estime personnelle que la réussite professionnelle. Et c’est également valable pour ton entourage si tu ne tires pas la sonnette d’alarme. Avec Ségolène et Juliette de Nous Fomo, nous évoquions le fait que le « comment vas-tu » soit synonyme parfois de « comment va ta boîte ».

Le FOMO des entrepreneur·se·s

Dans le milieu entrepreneurial (notamment pour les 18/35 ans) le FOMO est aggravé par cette pression sociale de devoir incarner son entreprise 24h/24 7j/7. Et bien sûr le COVID a accentué tout ça. En temps d’incertitudes tu dois démultiplier ta capacité de rebond. Tu te dis que tu dois sauter sur toutes les occasions pour “sauver ta boîte”, en faire toujours plus, plus, plus… Car demain c’est beaucoup trop loin.

Le FOMO de l’entrepreneuriat prend plusieurs formes : 

  • Le FOMO de ne pas faire assez de déjeuners professionnels ou de « soirées réseau »
  • Le FOMO de ne pas avoir répondu à cet appel d’offres
  • Le FOMO du dépôt de dossier de subventions
  • Le FOMO de ne pas appartenir au bon réseau
  • Le FOMO de ne pas avoir pu pitcher ton projet
  • Le FOMO de ne pas être assez présent sur les réseaux sociaux.

Faire de la place pour de nouvelles histoires

Le “storytelling” autour des créations de boîtes est très manichéen. Lorsqu’on parle d’entrepreneuriat c’est deux salles, deux ambiances bien distinctes :

  •  soit on raconte que c’est mission impossible, que seules les personnes dotées d’un capital économique, culturel et social fort peuvent y arriver.

  • soit c’est ambiance start-up nation et on te raconte que la normalité c’est l’histoire de la dernière “licorne” française qui a réussi en 6 mois à peine à lever 3 millions d’euros.

Mais la vraie vie souvent réside entre les deux. Peu d’histoire raconte le long chemin parcouru. L’entrepreneuriat c’est une course de fond pour laquelle il faut s’armer de patience. C’est reprendre le goût du temps long qui n’a pas bonne presse dans nos sociétés avides de résultats concrets là, maintenant, tout de suite.

 Certaines voix s’élèvent pour raconter une autre histoire. Siham Jibril avec Génération XX a été l’une de ces voix. Le dernier épisode a été réalisé au début de cette année 2021. Elle montre bien les coulisses de l’entrepreneuriat à travers des témoignages de femmes ultra-inspirants.

Autre suggestion proposée par les fondatrices de Nous Fomo La Leçon, le podcast sur l’art d’échouer. L’échec est souvent vu comme une erreur irrémédiable qui dénote d’un manque de professionnalisme. Mais il fait partie de la course de fond. Sans les échecs il est compliqué de réellement avancer. La Leçon met en lumière des personnalités connues qui ont réussi à dépasser leur “échec”. L’un de mes préférés : Mister Fifou, le jour où j’ai dit non à Kendrick Lamar. 

#3  ALORS QU’EST-CE QU’ON ATTEND POUR…

 

Dire stop

Même si on est hyperactif, par intérêt ou par obligation, à un moment donné, trop c’est trop et c’est contre-productif. Ralentir, apprendre à dire non et faire moins mais mieux. In fine c’est plus vivable et efficace car avec la tête froide on dédramatise et on prend de meilleures décisions.

Maintenir de bonnes connexions sociales

Avoir des gens qui valorisent votre travail et vous encouragent à prendre des risques, permet de se sentir soutenu·e·s. C’est important dans les moments difficiles mais aussi pour célébrer avec eux vos succès.

Développer son identité propre en dehors de sa boîte

Apprendre à se détacher de son entreprise ou de son projet permet de prendre (moins) personnellement les coups durs et de se créer une valeur personnelle qui va au-delà de sa boîte.
Faire du bénévolat, suivre des cours de langues, faire de la danse, jouer de la musique, intégrer une équipe de sport, dessiner, chanter, s’investir dans l’amicale des boulistes du quartier… C’est important de sentir qu’on existe et qu’on réussit dans d’autres sphères que celles liées à son entreprise.

Demander de l’aide

Ne pas rester seul·e dans sa tête c’est salvateur quand on monte son projet. Ce type d’aide peut prendre plusieurs formes en fonction de vos besoins et de votre secteur comme :
  •  L’ADIE pour vous aider à vous lancer. C’est gratuit pour les demandeu·r·se·s d’emploi, l’association permet d’avoir recours à des professionnel·le·s bénévoles qui sont là pour vous former et vous challenger sur votre projet. Je l’ai fait et le vrai plus c’est d’être avec des personnes qui sont complètement étrangères à votre secteur (hyperimportant de sortir de l’entre-soi professionnel pour confronter son idée).

  • Le mentoring (comme avec MOVJEE) ou les incubateurs et les réseaux d’entrepreneur·se·s. Il en existe plein en fonction de votre expertise.

  • Le coaching, la thérapie ou les cercles de parole comme avec Kalima.

  • Les outils Amarok pour les chef·fe·s d’entreprises des TPE/PME.

 

 

Les trois points clés à retenir 
#1 La crise du COVID a mis en berne le moral des entrepreneur·se·s
#2 Créer sa boîte c’est comme un marathon
#3 Solo c’est bien, se faire aider c’est mieux
Les Déterminés, c’est une association créée en 2015 par Moussa Camara.  Elle a pour objectif d’offrir la possibilité à tou·te·s de « créer son rêve entrepreneurial, sans barrière ni limite ». L’association est présente à  Cergy-Pontoise, Le Havre, Lille, Lyon, Marseille, Nancy, Toulouse.Je donne mon avis ici

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