8 novembre 2021

Santé mentale et éducation

par

Prendre en compte le bien-être mental des élèves dans le parcours éducatif peut jouer un rôle décisif dans la lutte contre les inégalités scolaires. Pour aiguiser ce propos, j’ai eu la chance de m’entretenir avec Mona Hamirouche et Sadio Konaté, cofondateurs de Banlieues School. Tous les jours ils mettent au cœur de leur approche pédagogique, la psychologie et les neurosciences pour accompagner des jeunes en proie aux inégalités scolaires à surmonter leurs peurs, leurs angoisses et leurs blocages. La mission de Banlieues School : les aider à se réaliser et à dépasser ce que certain·e·s pensent comme étant irrévocable.

 

(Re)voir le live avec Banlieues School

 

 

1 chance sur 6.

C’est la probabilité qu’un·e élève défavorisé·e fréquente le même lycée qu’un·e élève favorisé·e.

Source, étude PISA 2018

 

 

#1 ÇA PART DE LÀ

 

 

Outre les facteurs sociaux ou économiques, les inégalités scolaires sont aussi amplifiées par la dissonance cognitive.  C’est un concept psychologique  formulé pour la première fois par Leon Festinger, « A theory of cognitive dissonance » à la fin des années 1960. C’est lorsqu’on fait quelque chose qui est contraire à nos principes ou à nos convictions. 
On justifie alors nos actes par des valeurs ou des convictions qui ne sont pas nécessairement les nôtres. Exemple qu’on a déjà tou·te·s connu : “boire des coups à une soirée” alors qu’on n’en a pas réellement envie. Et pourtant on finit par le faire, souvent pour être plus à l’aise. On cherche à donner de la « cohérence » à notre comportement plutôt que de le changer.

Mais bon ça nous met quand mal à l’aise de faire ça . La dissonance cognitive crée alors une tension émotionnelle qui est générée par l’adaptation de nos convictions et de nos croyances à notre comportement.⁠

Dans le système éducatif, les émotions liées à la dissonance cognitives vont bloquer les facultés d’apprentissage. Les élèves choisissent de ne plus réussir à l’école pour se protéger, même si ce n’est pas en cohérence avec leur conviction au fond.

Ces dissonances cognitives génèrent un inconfort très important car elles portent sur des valeurs que le système éducatif devrait naturellement, comme le respect.

Sadio Konaté nous disait en live : “quand on arrive dans un établissement scolaire et qu’on se rend compte qu’à la grille il n’y a  ni bonjour, ni merci, ni prénom et que chaque élève s’appelle carnet ou capuche, alors il est légitime de se dire qu’il y a un manque de cohérence dans l’application de ces règles ».

Pour diminuer une dissonance cognitive il faut soit changer son comportement, soit revoir ses principes, sauf que ce n’est pas toujours simple. La solution est alors d’agir comme un robot. C’est de prendre des décisions en se coupant de ses émotions pour limiter l’inconfort provoqué par la trop grande dissonance cognitive. Et ça, on le retrouve chez les enseignants, chez les parents, chez les élèves, et ainsi de suite. « Car s’ils ne le faisaient pas, ils ne pourraient plus dormir tranquille », nous confie Sadio.

D’après Mona Hamirouche, prendre en compte les émotions et la santé mentale devrait être clé dans l’enseignement. Et ce, surtout dans les réseaux d’éducation prioritaires où il y a des problématiques de violences émotionnelles fortes. Mais en réalité les professeurs ne sont pas du tout formés là-dessus. Sauf que si on n’en parle pas, on ne fait que remplir le verre et à un moment donné il explose.

Les être humains sont comme les plantes, s’ils n’évoluent pas dans le bon environnement, avec la bonne eau ou la bonne lumière on passe à côté de leur potentiel. Et quand une plante fane, dit-on qu’elle a un problème ?

Sadio Konaté

#2  RE-CRÉER DU LIEN

 

La solution pour diminuer les blocages émotionnels et cognitifs liés aux dissonances cognitives, c’est de parvenir à recréer du lien entre les personnes qui composent l’établissement. Pour recréer une structure communicative fluide Banlieues School analyse l’environnement au global dont :

  • Le climat identitaire : est-ce que l’élève parle en disant “je suis”. Est-il l’objet ou le sujet de son apprentissage ?

  • Les normes : est-ce que les règles au sein de l’établissement sont harmonieuses pour créer un climat scolaire serein ?

  • Les besoins de reconnaissance : quels sont-ils chez les élèves comme chez les professeurs ? Les besoins de reconnaissance peuvent fragiliser les relations entre eux.

  • La question relationnelle : est-ce que l’enseignant·e est complètement confondu de manière dogmatique dans sa discipline ou parvient-iel à s’en dissocier pour endosser son rôle de transmetteur·rice? Car à un moment donné l’élève fait face à une discipline plus qu’à une personne, donc s’il n’aime pas la discipline il rejette aussi l’enseignant·e.

  • La temporalité : dans quelle temporalité se trouvent les élèves et l’enseignant·e à l’instant T ? Parfois il peut y avoir de traumas sous-jacents, d’autres fois c’est une période de kif. Mais dans les deux cas, c’est à prendre en considération.

  • La spatialité : quelle est la mobilité possible et déjà vécue au sein de l’établissement et du territoire ? Parfois certaines personnes ne sont jamais sorties de leur ville. Et ceci a un impact fort sur la confiance en soi. Passer d’un groupe social à un autre peut d’une part donner la sensation de trahir le premier groupe et/ou d’être un imposteur dans le groupe suivant.

  • La question sensorielle : on a tou·te·s des émotions, on en parlait plus haut, les prendre en compte permet de mieux dépasser celles qui sont bloquantes.

 

#3  ALORS QU’EST-CE QU’ON ATTEND POUR…

 

Arrêter la discrimination passive

Souvent on parle des discriminations actives, celles qui se voient, se comptent ou se nomment. Mais la discrimination passive représente 90% des cas en réalité. Et elle est sacrément violente. Qu’est-ce que c’est ? C’est une influence causée de manière symbolique par une structure qui va disqualifier les personnes qui sont concernées par les décisions prises. “On prend des décisions à ma place sans me demander mon avis” : c’est le déni d’existence.
Ou alors on proclame le fait que chacun·e est libre de faire ce qu’iel veut mais c’est seulement possible dans le champ d’expression tracé. Si tu sors du cadre, tu ne seras pas validé·e.

Redonner le pouvoir d’agir

Avant de vouloir redonner confiance en soi (l’empowerment), il faudrait identifier ce qui a privé du pouvoir d’agir. Plutôt que de jouer la carte du misérabilisme en faisant des programmes scolaires plus light qui ne feront au final que reproduire les inégalités sociales, Banlieues School propose de redonner confiance en écoutant ce que les personnes ont à dire et les bonnes clés pour porter leur voix.

Collaborer avec Banlieues School

C’est sans doute la meilleure façon de lutter contre les inégalités scolaires. Grâce à la psychologie positive et aux neurosciences, Banlieues School propose du mentoring pour les jeunes issus des quartiers d’éducation prioritaires. Il y a plusieurs programmes :

  • Pour les personnes en situation de décrochage scolaire et qui ont besoin d’un accompagnement personnalisé.
  • Pour les jeunes déscolarisés ou en situation de la primo délinquance et qui souhaitent retrouver leur voie après un choix déficitaire.
  •  Pour les jeunes femmes qui souhaitent intégrer des filières scientifiques 
  •  Pour les futurs entrepeneur·se·s (Young Entrepreneur Programm) à l’issue de 4 mois d’accompagnement iels partent dans la Silicon Valley présenter leur projet.

 

 

Les trois points clés à retenir

#1 Les dissonances cognitives biaisent nos comportements
#2 Les inégalités scolaires sont favorisées par plusieurs facteurs
#3 La prise en compte des émotions permet d’apaiser le climat éducatif

 

Plutôt que de vouloir endurcir la jeunesse pour qu’elle oublie ses rêves et ses idéaux, n’en ayons plus peur et tentons de nous en inspirer pour nous promettre un avenir plus désirable.
C’est ce que propose Marie Desplechin dans son dernier ouvrage pour les enfants (et leurs parents) sur le développement durable.

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