Les mecs ! Et si cette année c’était la bonne pour aller voir un·e psy ?

Et arrêter les conneries

Les mecs ! Et si cette année c’était la bonne pour aller voir un·e psy ?

Salut, c’est Irvin, bienvenu·es dans ma dernière newsletter thématique sur la santé mentale des mecs. Pour lire les précédentes c’est par ici.

Avant de commencer ce dernier article sur la psychothérapie, je tiens à vous adresser mes vœux pour cette nouvelle année. J’espère pour vous que les fêtes de fin d’année se sont bien passées, même si celles-ci ne résonnent pas toujours avec joie et bonne humeur.

Bien souvent qui dit nouvelle année, dit résolution. Qu’on en prenne ou pas et si cette année c’était la bonne pour nous les mecs de commencer une thérapie ? Dans quels buts ? Peut-être pour ne pas finir comme le tonton relou avec ses clichés à 2 balles ou comme le cousin dérivant vers le masculinisme ou juste pour prendre soin de vous.


La santé mentale, c’est comme un élastique

La santé mentale ce n’est pas uniquement les troubles psychiques.

Christelle, dans son livre Full Santé Mentale, nous partage un tableau qui peut en éclairer certains, pour mettre le doigt sur ce petit caillou dans la chaussure, qui devient de plus en plus gros.

Ce qui est intéressant, c’est de lire qu’être en bonne santé mentale, ce n’est pas juste répondre par oui ou non, c’est plus complexe que ça, ce n’est pas figé dans le temps non plus, et ça ne dépend pas de ce qui se passe dans notre tête. Prendre soin de sa santé mentale c’est trouver le juste équilibre, qui nous permette de nous sentir bien et de pouvoir interagir sereinement avec les autres.

Ainsi si je ne pouvais vous souhaiter qu’une seule chose en ce début d’année, c’est d’apprendre à reconnaître les signaux faibles quand ils se présentent.

L’intérêt d’accepter la situation telle qu’elle est, c’est d’agir tant qu’il en est encore temps.

Une image que j’aime donner, c’est que notre santé mentale ressemble à un élastique, plus ou moins souple, plus ou moins solide.

Certains ressentiront un sentiment de rupture lorsqu’il se trouvera dans le rouge, d’autres le ressentiront dans l’orange.

Consulter un.e professionnel de la santé mentale à temps peut détendre cet élastique pour éviter qu’il ne vous pète à la figure.

Que ce soit par notre patrimoine génétique, notre genre, notre milieu social, etc. Nous ne sommes pas tous·tes égaux·les avec ce sujet. J’entends par là, qu’une personne racisée homosexuelle aura tendance à être autrement plus exposée à la souffrance psychique que moi, qui suis un homme blanc et hétéro. La pression sociale entre cette personne fictive et moi est aux opposés. Nous répondons tous les 2 à des injonctions, différentes, et pour certain·es de manière plus violente.

Pas d’histoire de comparaison ici, chacun son ressenti, il s’agit simplement de reconnaître que certains sont plus exposés que d’autres.

Ton pote ou ta meuf, ne sont pas tes psy

Je vais particulièrement m’adresser à mes collègues masculins, parce que j’entends d’ici le tiroir à excuses s’ouvrir.

“oui, mais moi j’ai pas besoin d’un psy, j’ai ma meuf pour parler”

Très bien, donc certains préfèrent encore laisser le poids de leur vie sur les épaules de leurs copines, comme si les charges n’étaient déjà pas assez mal réparties dans bien d’autres aspects de la vie quotidienne.

Cet aspect de la personnalité masculine est bien mis en avant dans le livre de Maud Le Rest “Tu devrais voir quelqu’un”.

En plus d’argumenter que voir un psy peut être bénéfique, les témoignages masculins et l’analyse de Maud qui en découlent montrent à quel point nous pouvons être dans les 2 extrêmes : soit dans la confidence totale, rejetant ici une charge mentale énorme sur notre partenaire, ou au contraire, dans un mutisme pas possible.

Je parle de la relation amoureuse mais il en va de même pour les relations amicales. Les liens sociaux ne sont que des valeurs ajoutées pour aller mieux, on ne peut pas se reposer uniquement là-dessus.

Pour aller plus loin, je vous renvoie au podcast dédié à l’amitié et au post dédié sur instagram

Nos proches ne sont pas nos psy “gratos”

Parler de choses profondes c’est important, je ne dis pas qu’il faut arrêter. Ce que j’aimerais qu’on arrête c’est de confier tout ce qui tourne autour d’un état dépressif entre les mains d’un·e proche car c’est mettre une responsabilité énorme sur les épaules de quelqu’un qui a aussi une santé mentale, des problématiques et une vie tout simplement. C’est un vrai métier que d’être professionnel·le de santé mentale au même titre que professionnel·le de santé physique.

Alors prenons ce que nous avons plaisir à crier haut et fort, qu’on les mette sur la table, pour ouvrir au moins Internet, et chercher un.e professionnel de santé mentale.

Pour les plus sceptiques, qui ouvrent le tiroir du dessous : non, le sport n’est pas un remède miracle pour aller mieux. C’est un outil complémentaire pour muscler votre santé mentale et détendre votre élastique, mais à aucun moment ça ne viendra résoudre des maux plus profonds.

Je vous laisse le soin de lire ce que j’ai pu écrire l’été dernier, alors que je faisais du sport 4 fois la semaine, voyais une psy, prenais des antidépresseurs. Faire le plein de vitamine D n’a pas été une pilule magique.


Oui mais j’ai peur

Prendre conscience que quelque chose ne va pas peut se révéler effrayant. Voir un.e professionnel aussi.

Alors, je vous propose de commencer cette prise de conscience en douceur.

Je n’aime pas donner de conseils, de marche à suivre sur un sujet aussi important et personnel que la santé mentale.

Tout comme le sport peut l’être pour certain·es, l’écriture ça a été l’outil qui marche bien pour moi. Elle m’a permis de poser des mots sur mes souffrances, et le moment venu, d’avoir plus de matière pour parler de ce que je ressens.

L’avantage, c’est que cela a le mérite d’être quasiment gratuit ! Papier, stylo, ou une appli de prise de notes dans votre téléphone, feront l’affaire.

Aucun jugement, que ce soit sur vos écrits, vos pensées, votre orthographe.

Pour celleux qui auraient du mal à poser des mots sur un papier, reste toujours la possibilité de s’enregistrer en audio via votre téléphone ou sur un ordi.

Je vous laisse avec une discussion à ce propos sur l’écriture, entre Christelle et Louise Morel.

Voir des amis, une relation amoureuse saine, faire du sport, écrire, dessiner et j’en passe ne sont que des outils, des soupapes de décompression. Peut-être que cela suffira à certains pour laisser passer une tempête. Et sans doute que beaucoup d’autres, comme moi, auront besoin de passer la porte d’un.e psy.

Voir quelqu’un mais pas n’importe qui

On va distinguer cela en 2 catégories : les professionnel·leset les autres. Certains appellent cela des charlatans, d’autres des méthodes alternatives.

  • Les professionnel·les :

    • Un.e psychiatre, c’est un médecin, qui est habilité à prescrire des médicaments, faire des ordonnances, des arrêts maladie et poser des diagnostics. Son parcours d’étude est de 10 ans, entre université et stage en unité hospitalière.

    • Un.e psychologue, c’est une personne qui a obtenu un master en psychologie, mais qui n’est pas nécessairement amenée à faire de la thérapie, on peut en retrouver dans des entreprises, dans des écoles, en milieu hospitalier. C’est une personne qui aura connaissance de par ses études des différents comportements humains et saura adapter une posture adéquate en fonction de la personne qu’iel a en face d’elle.

    • Un.e psychothérapeute, c’est un·e psychologue qui a suivi des cursus bien particuliers en plus de son master, dans le but d’être certifié·e apte à délivrer des thérapies spécifiques. On les retrouve le plus souvent en libéral, et c’est ce que j’ai côtoyé le plus.

  • Les autres :

    • un.e psychanalyste : c’est une discipline qui est héritée entre autres du très célèbre Freud et de ses théories sur l’inconscient. Des écoles se sont formées, regroupant différents mouvements selon les penseurs. En France, elle est particulièrement bien implantée et fait même partie des cursus de fac. Il n’est pas rare de croiser un psychiatre qui est aussi psychanalyste.Le problème, c’est que le titre n’est pas réglementé, donc n’importe quel pélo peut s’improviser psychanalyste, juste dans le but d’alléger votre portefeuille. La Haute Autorité de Santé déconseille de recourir à cette approche thérapeutique.

    • un·e psychopraticien·ne, dans la même veine que la psychanalyse, ce sont des personnes issues d’écoles de formation, sans réglementation faite par l’État. En franchissant la porte de ce genre de praticien, vous ne savez pas à qui vous aurez affaire.

    • les coachs, tout le monde peut se proclamer coach aujourd’hui et c’est bien ça le problème, vous pouvez mélanger tout et n’importe quoi, astrologie, tarot, numérologie, non pas que je dénigre les croyances de chacun, mais cela est une immense porte ouverte aux dérives.

Je vous laisse également le podcast réalisé par le compte Militanpsy sur cette “thérapie”.

Mon propos ici n’est pas de juger vos croyances. Je souhaite seulement mettre en avant le fait qu’un flou juridique existe par rapport à certaines pratiques. Des personnes malintentionnées ont pignon sur rue pour profiter de la détresse des gens dans le but de s’enrichir.

Mais où va-t-on ?

Toutefois, le titre de psychiatre, de psychologue, ou de psychothérapeute ne garantit pas non plus qu’un professionnel soit de qualité et à l’écoute. Bon déjà il faut le trouver.

En guise de bonnes pratiques, je vous conseille de vous adresser à votre médecin généraliste. Bien souvent leur carnet d’adresses dispose de plusieurs options, qui pourraient correspondre à vos attentes.

Pour ma part, je suis directement allé sur Doctolib et je n’ai eu que l’embarras du choix car j’étais à Paris. Mais j’ai réalisé la même expérience dans ma ville d’origine, et c’était beaucoup plus compliqué : pas un·e psy à moins de 20 bornes, très peu de créneaux dispo!

Alors la visio peut être un excellent moyen de débuter la psychothérapie. J’insiste quand même sur un point : la visio pour nous c’est plus confortable et possiblement plus sécurisant quand le cadre personnel s’y prête, mais s’il vous plaît, respectez le·a professionnel·le en face de vous en ayant une installation qui soit propice à réaliser une consultation dans de bonnes conditions.

Aussi le site du Psycom peut vous aider à trouver des professionnels dans le but d’entamer votre première thérapie.

Trouver un·e professionnel·le qui nous correspond peut s’avérer décourageant, mais une fois la bonne personne trouvée, cela peut tout changer. Pour évaluer si c’est la bonne personne, j’ai une règle d’or : il faut que j’aie le sentiment d’être écouté et respecté. Si ce n’est pas le cas, écoutez votre intuition et partez. Vous n’êtes pas marié avec le·a premier·e psychothérapeute que vous consultez.

Pour reprendre les mots de Camille Aumont-Carnel dans l’épisode enregistré avec Christelle à l’occasion des 3 ans de mūsae, retourneriez-vous chez un coiffeur qui vous loupe ? Non. Alors il en va de même pour quelqu’un à qui vous vous confiez. Cette règle est d’autant plus importante si vous vous êtes dirigé·es vers des thérapies alternatives.


La thérapie ce n’est pas de la magie.

Le cerveau, c’est comme les pecs.

Une erreur et aussi une excuse qui peut revenir régulièrement chez les hommes, sous couvert d’une personnalité pragmatique, c’est que de consulter, ça ne sert à rien, c’est de l’argent foutu en l’air. Vous ne ressortirez pas de la salle avec le corps d’Apollon en 2 séances, alors il en va de même pour une thérapie, cela prend du temps .

Toutefois, quand au bout de plusieurs séances, étalées sur plusieurs mois, vous ne ressentez pas de bénéfice par rapport à la raison de votre venue, la question peut légitimement être posée : est-ce que j’ai besoin d’une thérapie ?

À condition de s’investir personnellement dans la thérapie, y aller pour faire plaisir à votre compagne sans remettre quoi que ce soit en question, c’est une perte de temps, c’est comme l’abonnement en salle de sport, si on n’y va pas, la seule différence visible c’est le prélèvement sur le compte courant.

La santé mentale, c’est comme plein d’autres choses, plus on s’investit dans le temps, meilleurs seront les résultats.

D’où mon problème avec les coachs qui pourraient vous faire gober qu’une formation à 800 balles vous aidera et fera de vous la meilleure version de vous-même.

Une thérapie, c’est comme faire du fractionné, apprendre un nouveau morceau, parfois c’est difficile, on peut ressentir une stagnation, ressentir de la frustration de ne jamais en voir le bout, mais c’est à long terme qu’il faut regarder.

Au cas où vous n’auriez pas lu mes newsletters précédentes, je vous y renvoie. Entre la personne que j’étais en avril 2021 et aujourd’hui, il y a un monde, sans être différent, mais j’ai pu traiter bon nombre de sujets qui m’auraient fait dégoupiller par le passé. Parce que j’y ai passé du temps, j’ai vécu des rechutes, des changements de thérapeute, des périodes où je ne jugeais plus cela utile, le rétablissement, c’est tout sauf linéaire.


Le psy ce n’est pas pour les fous ni les malades.

Voir un·e psychothérapheute ne signifie pas avoir un trouble ou une maladie mentale, combien d’entre nous ont la boule au ventre de prendre la parole en public, de dire non, de s’affirmer ?

Ses problématiques peuvent être abordées durant une séance, travaillées dans le temps sans pour autant vous coller une étiquette.

En revanche, ce n’est pas impossible que ça fasse remonter de vieux souvenirs, pas nécessairement très agréables, d’où l’intérêt de consulter une personne qui saura réagir en cas de coup dur.

Quant à l’aspect médicamenteux, si vous avez lu correctement, à moins de voir un psychiatre, vous ne ressortirez pas avec des médocs qui vous scotcheront au plafond.

Ce qui est le plus cocasse, c’est qu’on se permet beaucoup de choses sur la posologie des traitements psy. Remplacez les mots « tu prends trop d’antidépresseurs » par « tu fais trop de chimiothérapies » ou « tu prends trop d’insuline », et vous n’obtenez pas du tout le même effet.

En tout état de cause, si l’aspect médicalisé vous fait peur dans un premier temps, je le comprends parfaitement. Voici quelques ressources que je peux vous conseiller

  • Psycom, est selon moi le site de référence où vous retrouverez des ressources fiables, que ce soit en termes d’informations, d’associations recensées, un annuaire de professionnels de la santé mentale en fonction de vos besoins
  • Les médias, bien entendu je vous renvoie vers tout le contenu qui est produit sur mūsae, je pense également à Petite Mu, en matière de handicap invisible
  • La Maison Perchée, qui a vocation à s’étendre sur le territoire français, en mettant en avant la pair-aidance, qui est une autre forme de soins, parce que parlé de concerné·e à concerné·e reste aussi une des voies vers le rétablissement
  • Movember France : ils ont mis en place un outil interactif pour donner des solutions ou du moins des pistes pour entamer le dialogue “entre nous”, parce que l’écoute entre hommes est encore malheureusement inexistante.
  • Des événements comme Pop& Psy qui mettent en lumière la santé mentale sous un autre angle que la douleur.

Vous retrouverez également beaucoup de ressources dans le livre de Christelle, Full Santé Mentale, toujours disponible chez votre libraire favori, aux éditions Vuibert.


Faites ça pour vous

Après 4 newsletters à vous parler de thérapie, s’il n’y avait qu’une chose que j’aimerais que vous gardiez : faites ça avant tout pour vous. Parce que ce n’est pas une vie que de se sentir mal dans ses baskets du matin au soir.

Si vos proches vous encouragent à voir un·e professionnel·le de santé, c’est peut-être qu’au bout de la 17e fois il y a une bonne raison. N’y allez pas dans le but de devenir quelqu’un d’autre, parce qu’on vous a dit que c’est miraculeux, ou pire encore, que c’est un atout pour séduire. Si vous le faites pour cette dernière raison en particulier, choisissez l’insulte qui vous fera plaisir pour illustrer ma pensée.

Mais sachez que oui, on peut arriver la queue entre les pattes, ne pas assumer ce qu’on pense, parce que certaines choses sont lourdes à porter. Mais rester avec ce poids et tout le monde finira par le porter avec vous.


Mon mot de la fin

C’est ici que s’achève ma série de newsletters sur la psychothérapie et la santé mentale masculine dans sa globalité.

J’espère que mon histoire aura réussi à en convaincre quelques-uns que la thérapie peut être une alternative intéressante pour aller mieux, ce n’est pas magique, cela reste un moyen parmi d’autres.

Si je n’avais qu’une attente après ses 4 newsletters, c’est que plus particulièrement les hommes n’attendent plus pour consulter, que ce soit d’un point de vue mental ou physique, que nous arrêtions de nous murer dans le silence avant d’exploser.

Sortons la tête du guidon qu’est le patriarcat, écoutons-nous, écoutons les autres, et arrêtons de nous taire pour laisser cette spirale infernale continuer.


Parmi la liste de ce que j’ai pu consommer ces dernières années qui m’ont permis d’avancer dans ma psychoéducation.

  • Le podcast “Mise à mâle”, qui s’est arrêté mais dont les épisodes sont toujours disponibles. On y parle beaucoup de relations, de sexualité, parfois d’addiction, et ce sont des sujets qui m’ont souvent questionné à un moment de ma vie.

    Parmi les autres podcasts, il m’arrive d’écouter “Dingue” ou “Le militanpsy”

  • Le livre du Pr Hugo Baup, “Comment ça va toi ?”. Il permet de mettre un pied dans la thérapie et les troubles psychiatriques, sans rentrer dans des détails trop techniques.

  • Le compte Instagram de “mange tes pâtes” qui est tenu par la diéticienne qui me suit depuis plus d’un an, grâce à qui j’arrive enfin à être en paix avec mon assiette, et qui est en grande partie responsable de l’amélioration de mon trouble borderline.

Enfin, je vous encourage toujours à croiser les sources, à ne pas prendre les mots d’une personne au pied de la lettre, à prendre du recul et à accepter que votre réalité soit certainement bien différente de la mienne.