Immersion à Nuits sonores : ce que la fête dit de nous, de nos amitiés et de notre santé mentale

Danser ensemble, grandir ensemble par Boris Vallano & Claire Zarnitsky

Immersion à Nuits sonores : ce que la fête dit de nous, de nos amitiés et de notre santé mentale

Cette année, DÉLIRE x mūsae étaient invités dans le Social Corner de Nuits sonores, rendez-vous lyonnais incontournable des musiques électroniques et indépendantes.

DÉLIRE est notre série podcast documentaire consacrée aux troubles psychiques et à leur impact sur l’entourage. Dans chaque épisode, nous sommes guidés par une même conviction : les mots peuvent ouvrir des conversations qu’on n’ose pas encore avoir. Notre obsession est de nommer ce qui se tait, mais aussi de permettre aux autres de le faire.

Le 16 mai, nous nous sommes donné rendez-vous à Nuits sonores, à mi-chemin entre Paris et Marseille, nos lieux de résidence. Nous y avons retrouvé la psychologue lyonnaise Margaux Rotivel, qui accompagne des personnes ayant des troubles psychiques, en particulier des troubles du neuro-développement (TSA, TDA/H). Sa vision intégrative les aide à développer une réflexion sur elleux-mêmes et sur leur environnement, afin de construire des stratégies d’adaptation plus fonctionnelles, pérennes et proches de leurs besoins.

À Nuits sonores, nous voulions savoir ce que la fête raconte de notre rapport aux autres, au collectif et à la santé mentale. Ce qui nous pousse à nous retrouver pour danser ensemble. Et ce que l’on vient chercher au-delà d’une programmation artistique.

Les personnes venues nous rencontrer entre deux concerts nous ont rarement parlé de santé mentale de manière explicite. Elles nous ont parlé d’amitié, de liberté, de rituels ou de souvenirs partagés, des éléments déterminants de notre équilibre psychique.

Voici ce que Nuits sonores nous raconte de ce qui se joue, parfois discrètement, dans nos manières de faire la fête.


Ce que la fête raconte de l’importance des liens

Si l’on vient à Nuits sonores pour l’amour de la musique, un autre sujet s’impose au fil des discussions : la fête permet de créer, d’entretenir des liens et la plupart viennent entre ami·es pour partager un moment privilégié.

Même lorsqu’on arrive seul·e, il est rare de le rester très longtemps. Devant une scène ou pendant une pause entre deux concerts, les conversations et les rencontres naissent spontanément. Derrière ces échanges parfois fugaces se dessine le besoin simple de se sentir relié·e aux autres.

Pour la psychologue Margaux Rotivel, les espaces festifs répondent en effet à plusieurs besoins humains fondamentaux : « le besoin de lien, bien sûr, mais aussi celui d’appartenir à un groupe, de vivre des expériences collectives, jusqu’à des besoins plus élevés d’accomplissement ou de transcendance. »


Quand la fête devient aussi un rituel

Pour beaucoup de personnes rencontrées, Nuits sonores constitue un véritable rituel, comme le résume Camille : « Avec les potes, on n’a plus besoin de s’écrire. Chaque année, on se retrouve au même endroit. À un moment, quelqu’un finit toujours par débarquer. »

Nombre de Lyonnais·es ont grandi avec le festival. Au fil des éditions, il est devenu un repère, un lieu chargé de souvenirs, voire une part de l’histoire collective de la ville.

Ce rituel résiste souvent à la distance et aux changements de vie, comme pour Arthur et ses amis dispersés aux quatre coins de la France : “On ne vient pas seulement pour les concerts, on en profite aussi pour se balader dans les endroits où on s’est connus. Ça mélange nostalgie et nouveaux souvenirs.”

Pour Margaux Rotivel, cette dimension revêt une valeur importante à une époque où les rituels traditionnels sont remis en cause : « À l’image d’autres grands rendez-vous culturels, Nuits sonores devient un marqueur du temps qui passe, une façon de se retrouver et de mesurer le chemin parcouru ensemble. »

Nuits sonores, un espace de libération

L’idée de la fête comme exutoire revient aussi fréquemment dans les échanges. Pendant quelques heures, les différences sociales et tout ce qui nous sépare dans le quotidien s’effacent derrière la musique, la danse et l’expérience collective.

D’autres mots et expressions apparaissent, comme créativité, affirmation de soi ou safe space, particulièrement dans les récits de femmes, de personnes queers ou racisées. Pour Nour, Nuits sonores a quelque chose de profondément libérateur : « Ici, je m’habille et je danse comme je veux, personne ne me juge. Quand tu es accepté tel que tu es, tu relâches forcément la pression. »

Derrière ces témoignages se dessine la nécessité d’évoluer dans des espaces où l’on peut expérimenter d’autres façons de se présenter aux autres, transgresser certaines normes. Des espaces où l’on se sent en sécurité et légitime d’exister tel·le que l’on est. Ces conditions sont essentielles pour garantir notre bien-être psychique.


Comment la fête peut-elle rester un espace de joie et de partage ?

Le rapport à la fête évolue également au fil du temps. Avec l’âge, les nuits blanches cèdent souvent la place aux formats en journée et à une autre façon de profiter du festival.

« Plus jeune, je ne me serais jamais installé seul dans un transat pour écouter de la musique et regarder les gens. Aujourd’hui, c’est aussi ça que je viens chercher », nous raconte Naël.

On devient aussi plus conscient des risques liés à certains excès. Mais aussi de la nécessité de se préserver et de s’écouter.

Et c’est peut-être ça, finalement, que raconte Nuits sonores depuis plus de vingt ans. Notre besoin profondément humain de nous retrouver, de célébrer ensemble et de danser, sans oublier de prendre soin les un·es des autres.

Autant de raisons de protéger les espaces festifs de plus en plus menacés par certaines lois répressives, à l’heure où nos sociétés en ont pourtant plus que jamais besoin.


L’importance des liens et des relations est au cœur de DÉLIRE, une série podcast documentaire sur les troubles psychiques, réalisée par Claire Zarnitsky et Boris Vallano, et rendue possible par mūsae.

Parce que les troubles psychiques et les crises mettent aussi à l’épreuve l’entourage, chaque épisode de DÉLIRE croise deux récits : celui de la personne concernée et celui d’un·e proche.

Rendez-vous sur votre plateforme de podcast préférée pour découvrir les deux premiers épisodes : https://linktr.ee/delirepodcast


Festival Soft Power, cercle de parole sur la conso dans les milieux techno, le mercredi 10 juin.

Si nos nuits sont avant tout des espaces de liberté, d’expérimentation, de sociabilisation, voire de refuge pour certain·es, l’appartenance à une communauté peut aussi produire des injonctions implicites. Performer la fête, être “dans la vibe”, tenir le rythme… Une forme de pression invisible qui amène parfois à une consommation de substances choisie, subie, banalisée. Comment réussir à préserver sa liberté et celle des autres ? On en parle au cercle de parole de Soft Power animé par Christelle Tissot, journaliste et fondatrice du média mūsae, et Marie Duchêne de Keps Mag. RDV le 10 juin à Carbone 17 (Aubervilliers, 93). Gratuit sur inscription ici.


Podcast : Et la fête dans tout ça ?

Personnes concernées par un trouble psychique et personnes vulnérables : quelle place accorder à la fête pour leur santé mentale ? Généralement associée au monde de la nuit, la fête peut être considérée comme un lieu à haut risque : drogues, alcool, VSS, exclusion. Pour ses raisons et plus encore… Pourtant, elle peut être une source de libération mentale, une zone d’expression, de résistance et de rencontre. Comment faire de la fête un lieu plus safe pour les personnes en vulnérabilité psychologique sans être dogmatique ni moralisteur·ices ? C’est tout l’objet de ce podcast.

Plus de ressources sont disponibles dans le livre de mūsae Full Santé Mentale. Un chapitre entier est consacré à la fête.


Techno +

Association de réduction des risques en milieu festif et dans les cultures électroniques.


Drogues Info Service

Écoute, information et orientation : service national d’aide à distance en matière de drogues et de dépendances.


Newsletter écrite par Claire Zarnitsky et Boris Vallano. Éditée par Christelle Tissot.