La thérapie, c'est rentable ou pas ?
Et si on parlait de la santé mentale des mecs.


Hello, je suis Irvin et je reprends la plume pour continuer à vous partager mon parcours avec la psychothérapie. Si tu as loupé la première partie de mon histoire, elle est disponible ici ! Après plusieurs années à ne souhaiter qu’une seule chose : que ma souffrance s’arrête, le temps est venu de débuter ma psychothérapie.
Je fais souvent le parallèle avec un architecte qui m’a permis de reconstruire ma maison intérieure, qu’elle soit habitable pour envisager le futur, plutôt que de rester dans une cabane faite de chaises, de couettes et de bouts de carton.
État des lieux
504 break chargé

La raison initiale de ma venue dans le cabinet de la psychologue est simple : clôturer le livre de ma relation avec mon premier amour. Je sais aussi que je n’arrive pas les mains vides, mon lot de traumas tient plus de la remorque que du sac à dos.
En expliquant ce que j’ai pu vivre durant mon adolescence avec mon ex, forcément la relation avec mes parents, ma scolarité, le monde professionnel puis le deuil de mon père biologique ont été abordés.
Son constat ne met pas longtemps à arriver, ma volonté de parler de mes amours n’était que la porte d’entrée d’une maison dans un piteux état.
Sans parler du fait que j’ai grandi avec cette image qu’un homme doit être fort, la fermer et s’imposer.
Secouez tout ça bien fort, rajoutez le développement personnel et des idées qui dérivent vers le masculinisme en guise de topping, vous avez un cocktail molotov.
La question de savoir pourquoi je n’arrête pas de refaire ma relation est simple, lors de la dernière conversation, elle m’a expliqué que cela faisait 4 ans qu’elle n’y croyait plus. S’en sont suivies 2 années à refaire ce qui s’est passé. Impossible de détacher mes pensées de cette phrase.
Pour ma psy, ma réaction est tout à fait normale, c’est plutôt de rester 4 ans avec quelqu’un que l’on n’aime plus qui ne l’est pas, surtout à 20 ans. Son avis s’est révélé être un pas de côté, j’ai remis les choses dans leur contexte, je suis reparti plus léger de ce poids, prêt à avancer, avec les clefs de la maison pour débuter les travaux.
Souffrir, toujours
Ma thérapie, à peine entamée, je me remets en couple avec une femme au premier abord charmante, intelligente, belle mais surtout franche.
La communication dans ma vie personnelle a toujours été un problème. Je fuis la moindre escarmouche, souvent en sabotant mes relations. Alors quoi de mieux que de vivre avec une personne qui me confronte à mes difficultés ?
Après tout, surmonter ma timidité avec un travail qui m’a forcé à me mettre en avant a fonctionné !
Apprendre à mieux communiquer doit demander le même processus ? Quand je raconte notre quotidien, ma psy émet des réserves. Elle me questionne, si dans le fond, cela ne dépasse pas mes limites? Je nie tout en bloc.
Ma copine me pousse dans mes retranchements, elle n’a pas peur de remettre les schémas patriarcaux en question pour piquer mon égo. Je suis un vrai mec après tout ! J’ai sagement reproduit ce schéma, outrepassant mes limites avec l’espoir qu’un jour, la relation s’adoucira.
Les séances et les mois passent, mon couple est au cœur de nos discussions dans le cabinet.
Grâce à ma psy, je ne peux qu’arriver à ce constat : accepter que l’on me parle comme une merde, ce n’est pas apprendre à communiquer, c’est me rabaisser.
Comme si cela ne suffisait pas, professionnellement je m’enlise, je n’y arrive plus, là aussi je m’accroche, le plus fort possible, parce que reconnaître un troisième échec professionnel de suite, je ne le conçois pas.
Je souffre partout, tout le temps. Les séances avec ma psy qui étaient bimensuelles sont devenues mensuelles, pensant avancer, alors que sans le savoir, la mèche du cocktail Molotov a été allumée.
Stop
Janvier 2022, mes limites ont été dépassées une énième fois par celle qui deviendra mon ex, une de plus, me direz-vous ?
Oui, mais non.
J’accepte volontiers ma part de responsabilité dans toutes les autres relations que j’ai sabordées. Ici, j’ai plutôt pris la porte avant de finir tenu en laisse comme le toutou qu’elle souhaitait que je devienne.
Durant une séance, j’ai eu une crise d’angoisse. La psy m’a ouvert les yeux, je prenais un chemin qui allait me détruire. La maison étant déjà fragile, mon quotidien professionnel devenait une torture, celui relationnel devenait chaotique, je ne voyais plus mes ami·es, je donnais de moins en moins de nouvelles à ma famille.
L’effondrement n’était pas loin.
Pour une fois, j’écoute ce qu’on me dit et je me barre, rien à faire de ce qu’elle peut penser, je dois préserver ma santé mentale.
Comme on ne se refait pas, 3 semaines après la fin de cette relation, je retourne sur des sites de rencontres, à la différence près que cette fois-ci, je m’écoute.
Si je ne le sens pas, je n’y vais pas. Si je ne me sens pas respecté, je ne donne pas suite.
Jusqu’au jour où je rencontre la personne qui est devenue ma copine aujourd’hui. Pourtant un compte à rebours a commencé le jour de notre rencontre ; elle m’annonce que dans 2 mois elle part à l’étranger pour ses études.
Revenant fièrement au cabinet, annonçant que j’ai rencontré « l'élue », disant à demi-mot que cela ne durerait peut-être pas longtemps.
Pour la première fois, je n’ai pas ce sentiment de devoir être quelqu’un d’autre, pour plaire ; notre relation est saine. Jusqu’au jour où le cocktail Molotov explose.
Septembre 2022, ma copine est à l’étranger, mes vieux démons de la solitude sont revenus, le travail n’est plus supportable et mon comportement n’a qu’un seul but : faire craquer ma direction pour que je change de service.
Durant une consultation en urgence, la psychologue gratte un peu plus que d’habitude, elle prononce pour la première fois le mot qui fait peur :
dépression.
Rebelote
De l’aide ? Pour quoi faire ?
Entre la suspicion de dépression et la prise d’antidépresseurs, il se passe 6 mois.
6 mois, buté et borné, à penser que par ma simple volonté, grâce à des idées glanées dans des bouquins de dev’ perso, prônant une hygiène de vie parfaite et la positivité, cela allait me tirer des griffes de cette saloperie.
Mes couilles oui.
Cela ne fait pas forcément partie des bonnes pratiques thérapeutiques, mais ce jour-là, elle insistera pour que je ne sorte de son cabinet qu’après avoir pris rendez-vous en ligne avec un·e psychiatre.
Elle ne me parle plus de temps pour agir, elle me parle d’urgence.
Je me retrouve à consulter un psychiatre sur une plateforme en ligne, un samedi soir, la queue entre les jambes, la tête basse derrière ma webcam. Oui, j’ai des idées noires, non, le plaisir ne fait plus partie de ma vie.
3 semaines d’effets secondaires, puis la molécule fait son effet, je sens un changement, pour la première fois de ma vie ; je peux passer une journée sans avoir des humeurs oscillant entre les extrêmes.
Commence alors une phase de découverte.
Je peux être heureux, vivre des émotions autres que négatives, et rapidement, mes proches le remarquent, je suis plus bavard, moins névrosé, plus optimiste.
Finalement, cette histoire de volonté n’a fait que creuser mon trou. Depuis, j’ai pris mes distances avec le développement personnel. Ça a retardé ma prise en charge psychiatrique.
Les antidépresseurs ont fait l’effet d’un extincteur.
Une fois les flammes éteintes, j’ai découvert que mes fondations n’étaient pas seulement faites de ruines. Oui, elles sont bancales, mais comme pour n’importe qui.
Si ma psychologue n’a pas de pouvoir médical à proprement parler, sans son aide, je n’aurais jamais appris à voir la vie d’une autre fenêtre que la mienne.
Tout s’explique
Cette prise de conscience m’amènera à aborder d’autres aspects de ma vie.
- Mes relations interpersonnelles, qu’elles soient amoureuses, amicales, professionnelles, toutes ont la même issue ; je me barre du jour au lendemain, rebiffé sans raison valable.
- Mes addictions, j’ai des fragilités que j’ai là aussi niées en bloc. Jeux vidéo et jeux d’argent ont servi de tampon pour canaliser mes émotions sans m’en préoccuper.
- Voir la vie en noir ou blanc, sans nuance, est devenu un art de vivre.
- Mon rapport à la nourriture, que j’ai transformé en TCA me privant moi-même de jeux vidéo, supprimant purement et simplement cette soupape, parce que c’était marqué dans des bouquins : “le plaisir, c’est une faiblesse”.
En partageant mon souhait de consulter une nutritionniste, ma psy a eu le malheur de vouloir rentrer dans cette pièce que j’ai fermée à double tour. Elle a mis le doigt sur quelque chose que je ne pouvais pas supporter. Comme elle m’a trop aidé, la confrontation sur un sujet qui me touche autant est impossible.
Une question, 10 minutes de pirouettes pour changer de sujet, et un SMS plus tard, je mets fin à cette relation thérapeutique.
Pour changer, je n’en ai fait qu’à ma tête, restant sans thérapeute entre juin 2023 et avril 2024.
Je ne suis pas resté sans rien faire non plus, mettant le nez dans les bouquins de psychologie, de psychiatrie. J’ai fait ce qu’on appelle de la psychoéducation. C’est une partie primordiale dans la thérapie, seulement, l’idée que je suis capable de m’en sortir seul est tenace.
J’ai attendu d’être au bord du gouffre avant de reprendre contact avec un thérapeute, cette fois-ci en visio.
Changement de braquet
Faire le plan de la maison
Jusque-là, ma manière de consulter un psychologue s’apparente surtout à de la thérapie de soutien.
Je n’y allais que dans le but de soulager un mal-être ponctuel en parlant du moment présent. C’est bien, cela m’a aidé, mais cela aurait pu durer des années.
En se quittant, ma thérapeute m’a donné un conseil : que le prochain psy soit un homme, ce que j’ai appliqué.
Plutôt que d’arriver avec ma remorque de traumas, je n’ai posé que des valises. Le travail de soutien et de psychoéducation a en partie porté ses fruits.
Le résultat ne se voit pas en une seule séance, mais en 2 ans, le travail fait a été colossal.
Là ce qui m’a poussé à consulter, ce sont les ruminations ; quand un événement se produit, ça ne me touche pas, ça me percute de plein fouet ! Je peux rester des jours, des semaines, bloqué sur une phrase, à m’en faire des longs métrages. Au point de me demander comment détruire la personne qui a osé me faire l’affront d’exposer mes contradictions.
Plus que de me rendre malheureux, j’ai conscience que cela joue un rôle dans ma dépression.
Entre-temps, j’ai fait la découverte du diagnostic du TDAH et du trouble borderline.
Les antidépresseurs nécessitent un suivi avec un.e psychiatre, c’est ce professionnel qui aura émis les hypothèses que d’autres viendront confirmer.
Pour en savoir plus sur le trouble borderline, mūsae a produit du contenu dédié, avec un post et une série de 5 vidéos avec Abigaïl Barrand parlant du trouble borderline.
Le trouble borderline et le TDAH sont 2 bons potes qui vont souvent de pair. Le professeur Nader Perroud, spécialiste du TDAH et du trouble borderline, vous explique tout ici !
Ce psychologue est du genre pragmatique ; les séances durent 30 minutes. Mes prises de parole sont suivies de plusieurs secondes de silence, qui au début m’ont mis mal à l’aise, ce n’est qu’ensuite que j’ai compris.
Ses mots tapaient juste, tapaient fort.
Il expose mes contradictions, les agite sous mon nez, jusqu’à me demander des explications, avec plus ou moins de subtilité.
Certaines séances ont été de bons moments de rigolade, d’autres fois j’ai eu la gorge serrée, si fort que des larmes ont commencé à sortir. Si les hommes ont le droit de pleurer, cela reste quelque chose que je n’aime pas, qui me fait mal physiquement.
Nous nous sommes vus un an, durant lequel j’ai obtenu l’officialisation du trouble borderline par une psychiatre spécialisée. Dans le cadre du diagnostic, elle m’impose de consulter ce psychologue 2 fois par mois.
Une fois cette info en poche, les séances n’étaient plus des débriefs de moments vécus, on a commencé à travailler des points précis. En quelques mois, les progrès spectaculaires.
Jusqu’au jour où il m’annonce que le projet de base arrive à son terme. Les ruminations ne sont plus un problème, j’ai appris à les vivre, à les traiter, puis à passer à autre chose.
L’objectif a été atteint, nous arrêtons alors notre travail ensemble.
Ensemble, nous avons établi le plan de ma maison, reprenant le travail de fond fait avec ma première thérapeute, m’impliquant encore plus dans les travaux, me confrontant à mes difficultés pour ne plus rester dans le noir.
Pas si vite
Mai 2025, je sors d’un mois d’avril difficile, 10 ans déjà que mon père n’est plus.
Si pour mes amours, je ne ressasse plus le passé, pour lui je ne peux qu’imaginer un futur qui n’aura jamais lieu.
Ce mois d’avril est toujours difficile, je lutte, me disant que j’ai plus d’outils qu’avant.
Un brin d’ego mal placé me fait dire que je ne retournerai pas consulter mon psy en visio.
J’attends, les semaines passent, le mois de mai et ses célèbres ponts me font perdre pied, mon besoin de routine est primordial. Je sors la caisse à outils, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour maintenir le cap, mais le monstre qui guette dans le grenier est lui aussi plus coriace.
Juin sera l’apothéose, je rentre de vacances avec des angoisses démentielles, des nuits terminées à 4h, avec une seule envie, mourir.
C’est un sujet difficile à aborder dans mon couple ; comment ne pas faire fuir la personne que j’aime en parlant de mes démons intérieurs.
La mécanique est rodée désormais, elle n’a plus besoin de mots pour voir que ça ne va plus, elle m’écoute, mais ponctue ses phrases par “va voir un professionnel de santé”.
Mes démons sont plus effrayants que de m’asseoir face à un psy, le rendez-vous est pris. J’arrive avec mon sac à dos, le plan de la maison, cette fois-ci, je veux aller dans une pièce en particulier; le grenier.
Vient le moment redouté : pourquoi consultez-vous ?
Une profonde inspiration, le vide sous mon siège et un “je n’arrive plus à me sortir de mes pensées suicidaires” comme réponse.
Entendre ces termes sortir de ma bouche, à voix haute, m’a fait l’effet d’un électrochoc. Mais une nouvelle fois, je suis ressorti de ce cabinet, avec un fardeau en moins à porter.
Bon investissement alors ?
Inutile de faire une longue tirade, vous aurez déjà fait la conclusion vous-même.
C’est un grand oui, la psychothérapie m’est utile, et dans mon cas, elle est nécessaire.
Si la dernière section peut décrire une tristesse profonde, aujourd’hui, à l’heure où vous lisez ces lignes, le soleil tape de nouveau à travers mes fenêtres. Parfois le grenier m’appelle, les angoisses peuvent me tenailler durant quelques heures, mais une nouvelle fois, sans la psychothérapie, je serai incapable de canaliser tout ce que je ressens.
Je ne vais pas vous faire le coup de “cette thérapie m’a changé”. Je suis toujours le même, peut-être un peu moins borné, plus optimiste. Les angoisses de par le trouble borderline, le TDAH, sont des éléments avec lesquels je vais devoir dealer une bonne partie de ma vie.
2 rechutes plus tard, je le comprends enfin, j’ai besoin d’aide.
Paradoxalement, le deuil de mon père biologique, je ne l’ai quasiment jamais abordé en thérapie. Celui de mon beau-père, je ne sais pas ce qu’il en sera. Ce qui est certain, sans touts·tes ces professionnel·les qui m’ont épaulé durant des années, je n’aurai pas ce recul pour accepter mes émotions actuelles. J’espère que mon histoire avec la psychothérapie vous aura parlé, aura semé cette graine de parler de ses problématiques à un professionnel de santé.
Parce qu’on parle timidement “de voir quelqu’un” la prochaine et dernière newsletter abordera comment débuter une thérapie. Que ce soit qui voir, quand arrêter, pourquoi cela vaut le coût de continuer.
N’ayez pas honte de demander de l’aide, vous l’avez lu, cela m’a sauvé la vie.

J’ai regardé « Têtes plongeantes » coproduit par Booska-P et So Foot avec le collectif Génération 2018. C’est le premier documentaire où les champions de la Coupe du Monde de Football 2018 se confient sur leur santé mentale, dans un dialogue inédit avec des jeunes concerné·es. Les thèmes : la dépression, le harcèlement, la solitude, les pensées suicidaires.
Je l’ai trouvé vraiment bien ! Ce qui fait la différence avec les autres documentaires de ce type, c’est le format cercle de parole où tout le monde est mis au même niveau, sans la présence d’une figure médicale qui vient valider ou non ce qui est dit. On y parle sans tabou de toutes ces blessures invisibles et invisibilisées dans le milieu sportif. Je trouve que ce documentaire peut bien plus parler aux gens que ceux déjà vus, et surtout aux hommes.
Têtes plongeantes réunit pendant 53 minutes :
- Les Champions du Monde 2018 : Blaise Matuidi, Raphaël Varane, Olivier Giroud, Samuel Umtiti, Djibril Sidibé
- La championne de football Gaëtane Thiney
- Des jeunes de France : Opa, Nasrine, Pauline, Emy, Lilou, Zoé, Édouard…